Vu au Sud - Vu du Sud

Mali: retour sur la journée de vote du
second tour de l'élection présidentielle

Un homme vérifie son nom sur la liste des électeurs d'un bureau de vote à Bamako, le 12 août 2018.
© ISSOUF SANOGO / AFP

Les Maliens ont voté, ce dimanche 12 août 2018 pour le seconde tour de l’élection présidentielle afin de départager les deux candidats : le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta et l'opposant Soumaïla Cissé. Les bureaux de vote n'ont pas connu une affluence majeure durant cette journée, marquée notamment par des incidents dans le Nord et le centre du pays, dont la mort d'un président de bureau de vote. Les correspondants et envoyés spéciaux de RFI ont couvert l'événement au fil de la journée.

L'ESSENTIEL

- Plusieurs incidents ont éclaté dans des localités du Nord et du centre du pays. Le président d'un bureau de vote du village d'Arkodia, au sud-ouest de Tombouctou, a été tué par des hommes armés. 

- Ibrahim Boubacar Keïta est arrivé en tête du premier tour du scrutin avec 41,4 % des voix. Son adversaire Soumaïla Cissé a obtenu 17,8 % des voix. Aliou Diallo, avec près de 8 %, et l’ancien Premier ministre Cheick Modibo Diarra, avec 7 % des suffrages exprimés, sont arrivés respectivement en troisième et quatrième positions. Ils n'ont donné aucune consigne de vote.

- Le taux de participation est une donnée majeure de ce scrutin. Aucun chiffre officiel n'a été pour le moment dévoilé mais l'affluence semble plus faible qu'au premier tour, où 42,70% des électeurs se sont rendus aux urnes.

Informations données en temps universel (TU),

18h : Dans le plus grand centre du vote du quartier Hippodrome, la quarantaine de bureaux de vote ferment leurs portes, constate notre correspondante à Bamako, Coralie Pierret. Mais les quelques retardataires arrivés avant la fermeture pourront tout de même finir de voter. Selon un président de bureau de vote, il n’y a pas eu beaucoup d’affluence, moins qu’au premier tour. « Beaucoup se sont découragés » indique un délégué de la Cour constitutionnelle.

En cause : le faible suspense mais surtout le mauvais temps. « Il a plu toute la journée », souligne le président d’un bureau de vote. Mais la pluie n'explique pas tout. Pour certains Maliens interrogés, le cœur n'y était pas. « Ce sont tous les mêmes », a par exemple déclaré un électeur.

Pour le moment, aucun taux de participation officiel n’a été dévoilé. Désormais, place au dépouillement et à la compilation des voix, bureau de vote par bureau de vote. Les résultats du second tour ne sont pas attendus avant plusieurs jours car chaque commission locale doit centraliser ses résultats avant de les envoyer à Bamako à la Commission nationale. Et le Mali étant vaste, l’enclavement de certains villages pourrait ralentir la compilation.

IBK, il a déjà prouvé qu’il ne pouvait rien pour le Mali. Et Soumaïla Cissé, vu ce qu’il a fait quand il était au ministère des Finances… Franchement, tant qu’il y a ces anciennes têtes, je vois pas d’avenir pour le Mali. Donc je préfère m’abstenir que d’aller voter.

17h : Le chef du village d'Arkodia confirme à RFI que le président d'un bureau de vote de cette localité située au sud-ouest de Tombouctou (Nord) a été tué par des présumés jihadistes. Selon les témoignages qu'il a pu recueillir, il s'agirait de 3 ou 4 présumés jihadistes qui ont également brûlé le matériel de vote et menacé d'autres bureaux de votes dans quelques villages du cercle de Niafunké.

Il affirme qu'aucune force de l'ordre ou groupe d'autodéfense ne s'est déplacé pour sécuriser le scrutin dans son village ce dimanche. Entre temps, selon le ministère de la Défense, les forces armées se sont rendues sur place et ont récupéré le corps.

Par ailleurs, selon le ministère de la Défense, des urnes ont été volées à Dianoulé à 11 km de Nampala, dans le centre du pays. Selon un élu de Nampala, le matériel d'au moins six bureaux a été emporté par des hommes armés dans des villages. Et dans sept autres bureaux, le vote n'a pas pu se tenir. Dans l'ouest du pays à Karwasa, dans le cercle de Gouina, un bureau de vote a été saccagé. Le matériel électoral détruit.

Le ministère indique également d'autres incidents. Dans le cercle de Douentza (région de Mopti) à Nokara, après le début du vote, les agents électoraux accompagnés de militaires ont fermé trois bureaux de vote sans explication, et à Gandamia, sur les 13 bureaux de vote de la commune, seul un a pu ouvrir.

A Ber, en revanche, les quatre bureaux de vote ont pu ouvrir, contrairement au premier tour.

15h : Dans le cercle de Diré dans le nord du pays, le maire-adjoint de Diré signale qu'un incident est survenu dans un village de la commune de Garbakoïra où des hommes armés ont volé et brûlé le matériel de vote ce samedi soir dans la nuit.

« Hier soir vers 23h, je dormais chez moi paisiblement, explique Bocar Djitté, directeur de l'école et président du bureau de vote du village de Tinem. Deux individus armés sont venus me réveiller. Ils sont sortis et ont tiré en l’air. Et ils m’ont demandé : "donne-nous le matériel de vote tout de suite !" Je suis rentré dans la chambre, j’ai ressorti le matériel. Ils l’ont pris et ils sont partis. Ensuite je suis parti réveiller le chef du village pour l’informer. Le lendemain matin, on a vu qu’ils avaient brûlé le matériel de vote au bord du fleuve. On n’a pas pu voter parce qu’ils ont tout brûlé. »

Selon Bocar Djitté, une partie de la population du village a manifesté ce dimanche son mécontentement après cet incident.

Une électrice prépare son bulletin avant de voter dans un bureau de Bamako, le 12 août 2018. © Michele CATTANI / AFP
Le candidat de l'opposition, Soumaïla Cissé a voté dans un bureau de Niafounke. © STR / AFP

14h30 : Selon le gouverneur de Kidal, Sidi Mohamed Ag Icharach, les bureaux de vote ont ouvert normalement ce matin à Kidal, au nord du Mali. Et depuis trois jours, la sécurité a été renforcée. Les groupes armés de la région, appuyés par la Minusma et la force Barkhane, assurent la sécurisation de ce scrutin. Mais ce sont plutôt les intempéries qui risquent de perturber la participation.

« Il a beaucoup plu sur la région de Kidal au cours de la semaine depuis le 1er août et cela a une influence sur la participation. Dans le village d’Aguelhok à 100km au nord de Kidal, il y a eu des inondations, il y a des maisons qui se sont effondrées. Donc, dans ces conditions, tout le monde ne pourra pas participer au scrutin, il y a des gens qui ont perdu tous leurs documents électoraux. Au niveau du cercle de Kidal aussi, il y a eu beaucoup de pluie dans les campagnes, les nomades tiennent beaucoup à leurs animaux, donc il faut aller protéger les animaux, pour qu’ils ne soient pas victimes des différentes intempéries. Je pense que cela aura une influence sur le taux de participation. »

Un homme prépare un bulletin de vote dans un bureau de Bamako, le 12 août 2018. © ISSOUF SANOGO / AFP

Ecoutez le reportage de notre correspondant Serge Daniel à Sanankoroba

Il pleut des cordes sur Sanankoroba... peu d'affluence dans cette école où est installé un bureau de vote... tout se passe bien, témoigne le responsable du centre

12h30 : La chef de la mission d’observation de l’Union européenne, Cécile Kyenge, a effectué un point presse dans un bureau de vote de la commune III. L’Union européenne a déployé 80 agents dans le sud et l’ouest du pays, à Gao dans le nord et à Ségou au nord de Bamako. Sur une quarantaine de bureaux de vote observés, aucune anomalie n’a été relevée pour le moment. La plupart ont ouvert à l’heure et disposaient bien du matériel nécessaire. Pas d’incidents sécuritaires notoires pour le moment non plus.

Mais Cécile Kyenge a rappelé à l’ordre les candidats, alors qu'un climat de suspicions plane. Samedi soir, le camp de Soumaïla Cissé, candidat de l’opposition, a de nouveau dénoncé des fraudes, affirmant que des bulletins de vote circulaient alors qu’ils devaient être sous scellés.« Nous sommes en train de suivre de près ce dossier, a affirmé Cécile Kyenge. Mais je rappelle que s’il y a des irrégularités, il y a des voies légales, il y a des institutions compétentes qui doivent s’occuper de ce dossier, c’est-à-dire la Cour constitutionnelle. C’est là qu’il faut faire recours ». Pour l’heure aucun recours n’a été déposé par le camp de l’opposition.

La chef de mission de l’UE en a appelé à la responsabilité des deux candidats. « C’est la responsabilité aussi des acteurs politiques de pouvoir faire comprendre que nous sommes dans un processus électoral, a insisté Cécile Kyenge. Chaque autorité a son rôle, et le rôle de la Cour constitutionnelle c’est aussi ça. Les électeurs peuvent exercer leur droit en allant voter, c’est aussi le devoir, le rôle des partis politiques, des responsables, des candidats, de pouvoir donner des motivations à la population de pouvoir aller voter. »

11h30 : Après avoir voté dans le centre de l'école fondamentale AB de Sébénicoro à Bamako, Ibrahim Boubacar Keïta s'est exprimé devant la presse. Il a jugé sa « mission accomplie », convaincu que « tout ce que nous avons connu comme difficultés est désormais derrière nous ».

Il a également mis en garde contre les « manœuvres » et « mises en scène » de fraude électorale, quelques heures après que l'opposition eut dénoncé une vaste manipulation en cours. Lors d'une conférence de presse nocturne, le camp de Soumaïla Cissé a affirmé que des bulletins de vote « circulent dans le pays » pour faciliter la victoire du candidat au pouvoir.

Le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta vote dans le bureau 14 de la capitale, lors du second tour de l'élection présidentielle, le 12 août 2018. © REUTERS/Luc Gnago

11h : En fin de matinée, le second tour de l’élection présidentielle n’attire toujours pas les foules, mis à part quelques électeurs courageux venus voter malgré les trombes d’eau.

Notre envoyée spéciale Gaëlle Laleix a rencontré ce matin dans un bureau de vote un enseignant à la retraite, Modibo Diarra, venu braver la pluie pour exercer son droit de vote. Il expliquait que malgré son dépit vis-à-vis des résultats du premier tour, il tenait « à donner sa voie aujourd’hui, tout simplement pour montrer que le peuple est toujours là ».

Assis sur des motos, un peu plus loin, quelques jeunes ont dit regarder le scrutin mais le sort de l’élection ne semble pas les émouvoir beaucoup. « On s’en fiche des hommes politiques, ils promettent toujours des choses puis ils ne font rien », confiait Amadou, 21 ans.

Les électeurs maliens étaient peu nombreux à l'ouverture des bureaux de vote, ce dimanche 12 août 2018. Ici, à Bamako. © Issouf SANOGO / AFP

10h : Au groupe scolaire Mamadou Konaté, dans le quartier du Fleuve à Bamako, l'affluence reste plutôt faible, constate notre envoyée spéciale, Gaëlle Laleix. L'enthousiasme des électeurs à se rendre aux urnes, déjà très relatif il y a deux semaines, a été un peu plus plombé par la polémique sur les résultats du premier tour. Mais tous ne s'avouent pas découragés pour autant.

C'est un devoir de citoyen. Cela me rend très, très heureux. Je veux la stabilité dans le pays, je veux la paix. Pour les résultats, je veux que ce soit clair, très clair.

9h40 : Au bureau de vote n°9, à Bamako.

Bamako, le 12 août 2018. © REUTERS/Luc Gnago

8h30 : Le bureau 30, dans le quartier Hippodrome de capitale malienne, a également ouvert à l'heure. Le président et ses assesseurs avaient déjà préparé tout le matériel électoral : l'urne, l'isoloir, les listes d'émargement. Les délégués de la Céni et de la Cour constitutionnelle sont aussi en place.

Mais 30 minutes plus tard, l'affluence est modeste, constate notre correspondante Coralie Pierret. La pluie qui tombe sur Bamako a peut-être douché la motivation des électeurs. Seules deux personnes ont pour l'instant voté. « Nous espérons que les gens vont se mobiliser », confie la coordinatrice du centre de vote. Durant l'entre-deux tours, les militants étaient de moins en moins nombreux à se rendre aux meetings.

Je suis très fier d’avoir voté, j’ai choisi mon président. A présent, il n’y a pas beaucoup d’affluence. C’est comme ça au début, mais moi ça ne m’empêche pas. De toute manière, je suis venu voter, je suis très fier.
Un jour de vote qui débute dans le calme
12-08-2018 - Par Coralie Pierret

8h : Dans l'école du quartier Fleuve, dans la commune 3 de Bamako, où se trouve notre envoyée spéciale, Gaëlle Laleix, le bureau de vote vient d'ouvrir. Mais les électeurs ne sont pas encore très nombreux à l'ouverture. Ici, tout est prêt : les bulletins, les cartes d'électeurs. Il en reste 200 à distribuer, preuve que ce scrutin ne passionne pas les foules.

Les Maliens ont en effet une impression de déjà-vu. En 2013, le second tour de la présidentielle opposait déjà Ibrahim Boubacar Keïta à Soumaïla Cissé. Et le premier tour, qui s'est tenu il y a deux semaines, a donné une large avance au président sortant.

→ (RE)LIRE : Présidentielle au Mali: IBK-Soumaïla Cissé, le match retour

C'est une journée électorale sous surveillance qui s'ouvre au Mali pour un scrutin qui ne passionne pas les foules. Ici, devant un bureau de vote de Bamako, le 12 août 2018. © REUTERS/Luc Gnago

7h58 : C'est une journée électorale sous haute surveillance qui s'ouvre ce dimanche. Plusieurs missions d'observation nationales et internationales sont présentes au Mali pour ce second tour.

Le scrutin va également se dérouler sous haute sécurité, alors que la situation sécuritaire s'est considérablement dégradée ces derniers mois dans le pays. Les autorités ont d'ailleurs annoncé l'arrestation hier de trois ressortissants maliens. De source officielle, ils avaient l'intention de commettre des attaques ciblées dans la capitale malienne.

Présidentielle au Mali : les ex-rebelles de la CMA récusent les accusations de bourrage d’urnes

| Par - à Bamako

Ibrahim Boubacar Keïta a remporté quelques-uns de ses meilleurs scores dans le nord du pays, en particulier dans les zones sous contrôle de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). De quoi alimenter le doute sur la neutralité de l’ex-mouvement rebelle, dont les combattants sécurisaient les centres de vote.

Le 29 juillet, le vote a bien eu lieu dans le Nord. Mais les écarts de voix entre le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, et les autres candidats dans la région a fait monter d’un cran la fièvre de l’entre-deux tours à Bamako.

Au niveau national, IBK est arrivé en tête du premier tour avec 41,70% des suffrages, largement devant son principal challenger, Soumaïla Cissé (17,78%). Mais dans le Nord-Mali, où les deux candidats ont enregistré des scores supérieurs à leurs résultats nationaux, l’écart est parfois encore plus important.

Soupçons de fraude

A Gao, « Boua » – « Le vieux », surnom d’IBK – a obtenu 58,4% de voix contre 22,4% pour Soumaila Cissé. A Tombouctou, IBK a engrangé 44,5% des voix contre 36,4% pour Cissé. Seule exception, à Kidal, où IBK n’a obtenu « que » 36,5% des voix, contre 20,5% pour Soumaila Cissé.

La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), dont les combattants ont sécurisé une partie des bureaux de vote à Kidal et Ménaka, est pointée du doigt et accusée par les candidats malheureux de bourrage d’urnes en faveur d’IBK.

La sécurisation des bureaux de vote est une activité qui relève de la routine pour nos combattants

Au sein de la CMA, tous les cadres disent la même chose. « Aucune consigne de vote n’a été donnée », confie à JA un proche de Bilal Ag Achérif, le secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), l’une des composantes de la CMA.

« La sécurisation des bureaux de vote est une activité qui relève de la routine pour nos combattants. Il est normal que là où il y attroupement, nos services d’ordre viennent sécuriser le lieu. Le reste ne nous regarde pas. Pour nous, qu’il y ait des votants ou pas, c’est la même chose », assure le secrétaire général du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), Sidi Brahim Ould Sidatti, qui a signé l’accord de paix en 2015 pour le compte de la CMA.


>>> A LIRE – Présidentielle au Mali : IBK Vs Soumaïla Cissé, le match retour, cinq ans après


La réponse de la CMA


DR / Minusma

Certains hommes politiques sont plus influents que d’autres. Cela s’est reflété dans les urnes

D’où viennent, alors, ces soupçons de fraude envers la CMA qui ont créé tant de tensions à Bamako ? Ilad Ag Mohamed, un ex porte-parole de la CMA qui se trouve en ce moment à Kidal, avance une explication : « Ici, les électeurs de base ne votent pas pour élire un candidat à l’élection présidentielle, mais plutôt par rapport aux consignes données par les responsables locaux. »

Or plusieurs députés originaires du Nord ont battu campagne pour leurs candidats respectifs dans les zones contrôlées par la CMA, et « il se trouve que certains hommes politiques sont plus influents d’autres. Cela s’est reflété dans les urnes », explique Ilad Ag Mohamed. « Est-ce que ça s’est fait de manière régulière ou non ? Je ne sais pas », élude-t-il, sur un ton qui laisse poindre un désintérêt pour le sujet.

Depuis quelques mois, les leaders de l’ex-rébellion font profil bas. Le puissant secrétaire général du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), Alghabass Ag intalla, petit frère de l’Amenokal de Kidal, « est allé faire le hadj à la Mecque, où il se trouve en ce moment même », nous confie l’un de ses proches.

Nous avons signé un accord de paix avec le pouvoir central, et on se tient à ça

Au mois de mai dernier, les leaders de la CMA ont fait savoir au gouvernement malien leur souhait de participer activement au processus électoral, notamment dans les zones qu’ils contrôlent.

Contexte tendu

La tension qui règne à Bamako entre l’opposition et le gouvernement inquiète les ex-rebelles. Pour eux, ni le gouvernement ni l’opposition, et encore moins la population, ne sortirait gagnant en cas de crise postélectorale.

>>> A LIRE – [Édito] Mali : Koutiala vs Tombouctou

« Nous avons tenus des rencontres avec plusieurs membres du gouvernement dans le cadre de cette élection présidentielle. Nous avons même proposé un programme de sensibilisation de la population sur le processus de vote, mais finalement nous avons été écartés », explique le porte-parole de la CMA, Mohamed Ould Mahmoud, connu sous le surnom de Mado. « Notre position est simple : nous avons signé un accord de paix avec le pouvoir central, et on se tient à ça », conclut Mado.

Une assertion qui intervient dans un contexte particulier. Le 9 août, un rapport confidentiel remis aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU, qui devait être rendu public fin août, a « fuité » dans la presse.

Les experts mandatés par les Nations unies y dressent un état des lieux extrêmement critique de la situation sécuritaire dans le pays, pointant notamment la responsabilité des forces armées dans de graves atteintes aux droits de l’homme. Les experts recommandent notamment la mise en place de sanctions à l’encontre d’acteurs de la crise qui entravent l’application de l’accord de paix d’Alger, sans que la liste de ces personnalités ne soit pour l’instant connue.

[Tribune] Présidentielles en Afrique de l’Ouest :
trop de candidats, pas assez de leadership

Réservé aux abonnés | |

Par

Économiste et analyste politique, Gilles Olakounlé Yabi est le fondateur de WATHI, think tank citoyen de l’Afrique de l’Ouest (www.wathi.org).

Vingt-trois hommes et une femme étaient candidats à l’élection présidentielle du 29 juillet au Mali. Cela fait 24 options offertes aux électeurs, 24 équipes de campagne aux moyens humains et financiers extrêmement variables, 24 slogans… Mais pas vraiment 24 programmes de gouvernement dignes de ce nom.

Au sein du think tank citoyen Wathi, nous nous donnons pour objectif, à chaque présidentielle en Afrique de l’Ouest, de présenter chacun des candidats et les éléments clés de son programme, de manière à donner aux électeurs d’autres arguments de vote que la proximité ethnoculturelle ou régionale, l’appréciation ou le rejet spontané et peu raisonné d’un candidat, la volonté de se débarrasser d’un chef d’État qui sollicite un nouveau mandat ou de le reconduire, ou les chances de profiter individuellement des avantages matériels offerts par l’un des candidats. Mais avec autant de postulants maliens, l’exercice devient laborieux et un peu vain.

Analyse comparative avec l’Amérique latine

Dans ce cas précis, ce nombre important pourrait être interprété comme le signe d’un courage extraordinaire : présider le Mali aujourd’hui devrait être tout sauf une partie de plaisir, tant les défis à relever sont extraordinaires. Cette interprétation flatteuse n’est malheureusement pas la plus probable.

Dans l’infographie ci-contre, nous avons comparé la situation de l’Afrique de l’Ouest avec celle de certains pays d’autres régions du continent ainsi que d’Amérique latine, dont les scrutins présidentiels au suffrage universel et les conditions politiques, économiques, sociales et culturelles sont assurément plus proches de celles des pays africains que ne le sont celles de l’Occident. Cette analyse confirme qu’il existe une spécificité ouest-africaine en la matière.

 

voir la carte

 

Prolifération des candidatures

Dans tous les pays de la sous-région, l’écrasante majorité des suffrages se porte sur une poignée de candidats : ils sont rarement plus de quatre. Nombre de prétendants se présentent donc sans avoir la moindre base électorale. Il faut pourtant des raisons pour investir des ressources dans une campagne électorale.

La prolifération des candidatures peut-elle être jugulée par de simples mesures telles que le relèvement des cautions financières ou l’exigence de parrainage d’élus locaux ou d’électeurs ? Ou est-elle le symptôme d’un mal plus profond, celui d’une déstructuration du champ politique ? Ces systèmes ne parviennent à l’évidence pas à favoriser l’émergence et la pérennité de partis structurés au sein desquels pourraient ou devraient émerger de futurs gouvernants.

Rôle fondamental des États

Les pays d’Afrique de l’Ouest – relativement démocratiques – ne me semblent donc pas pouvoir faire l’économie d’une remise à plat de leur organisation, avec l’objectif assumé de créer les conditions adéquates pour que la qualité de l’offre politique, et celle des personnalités qui aspirent à gouverner, s’améliore radicalement. C’est une nécessité absolue. Les défis africains appellent à un rôle fondamental des États et exigent donc un leadership de grande qualité.

Côte d'Ivoire: le PDCI se retire
des discussions pour un parti unifié RHDP

Henri Konan Bedie, président du parti démocrate ivoirien (PDCI), lors d'une réunion du bureau politique sur la proposition du parti RHDP, le 17 juin 2018, à Abidjan.
© SIA KAMBOU / AFP

En Côte d’Ivoire, le PDCI, le parti d’Henri Konan Bédié a annoncé ce jeudi 9 août, son retrait du processus de mise en place du parti unifié RHDP. Ce projet voulu par Alassane Ouattara vise à faire fusionner en un seul et même parti des différentes formations de la coalition au pouvoir en vue de la présidentielle de 2020.

Le PDCI a aussi annoncé qu’il présentera des candidats pour les élections municipales et régionales d’octobre prochain sous sa propre bannière. Les dissensions au sein de la majorité entre le RDR, le parti présidentiel et le PDCI d’Henri Konan Bédié étaient de plus en plus vives. Et désormais, on peut dire que la rupture est consommée.

En dénonçant l’accord politique portant création du Parti unifié, qu’il avait pourtant signé, et en se retirant des négociations, le parti d’Henri Konan Bédié met fin à son alliance avec le RDR d’Alassane Ouattara. Cette décision intervient au lendemain d’une rencontre avec le chef de l’Etat ivoirien. Visiblement, les arguments de ce dernier n'ont pas convaincu son allié.

Une brève rencontre pour acter les divergences

L'entretien entre les deux hommes fut aux dires de certains assez court. Mercredi, à la résidence d'Alassane Ouattara où il était reçu, l'ex-chef d'Etat Henri Konan Bédié a d'abord félicité son homologue pour l'initiative de l'amnistie du 6 août.

Ensuite il fut question de cette révision de la Commission électorale indépendante à laquelle souscrit le leader du PDCI et qui devrait avoir lieu d'ici la fin de l'année. Pas forcément avant les élections municipales et régionales du 13 octobre.

Puis vint la question épineuse du RHDP à laquelle le président du PDCI ne veut pas souscrire sous la forme actuelle. Aussi a t-il annoncé à son hôte sa décision de faire campagne non pas sous la bannière du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et  la paix, mais sous celle du parti fondé par Houphouët-Boigny, le PDCI, notamment pour les prochains scrutins d'octobre.

Une décision qui n'a pas eu l'air de surprendre le président Ouattara tant il apparaît depuis plusieurs semaines que le PDCI, parti allié de la majorité présidentielle était hostile à ce parti unifié.

Puis, après savoir pris congé de son hôte, le président Bédié a reçu hier jeudi successivement les députés, sénateurs et maires PDCI puis les conseillers régionaux, puis les ministres, pour leur exposer cette décision et sans doute revenir sur la stratégie du PDCI pour les mois à venir.

A l’origine de ces tensions entre le RDR et le PDCI est la question de l’alternance en 2020. Le PDCI a en effet soutenu par deux fois lors des présidentielles de 2010 et de 2015 le président ivoirien. Le parti d’Henri Konan Bédié réclame donc un retour d’ascenseur pour la prochaine présidentielle. Requête refusée par le RDR.

Le PDCI seul aux municipales et régionales

Dans son communiqué, le PDCI explique aussi, se réserver « le droit de promouvoir une plateforme de collaboration avec les Ivoiriens qui partagent sa vision d’une Côte d'Ivoire réconciliée et soucieuse des droits, des libertés et du bien-être de ses populations ».

Le PDCI annonce aussi qu’il ira seul aux élections municipales et régionales, le 13 octobre prochain. Des élections qui pourraient de fait s’apparenter à une mini-présidentielle avant l’heure et pourraient illustrer cette recomposition du paysage politique ivoirien.

Joseph Kabila pas candidat en RDC:
il y avait des signes avant-coureurs

Le président congolais, Joseph Kabila, lors du conférence de presse, le 26 janvier 2018, à Kinshasa.
© REUTERS/Kenny Katombe

En RDC, c'est donc Emmanuel Ramazani Shadari qui représentera la majorité lors de la présidentielle de décembre prochain. Le chef de l'Etat Joseph Kabila en a décidé ainsi. Ce choix, celui de Joseph Kabila de passer la main, pas grand monde y croyait mais il y avait des signes avant-coureurs.

La dernière fois que Joseph Kabila s'est exprimé clairement sur son avenir politique, c'est en 2007, dans les colonnes du magazine Jeune Afrique. Le tout jeune président élu l'avait assuré : «Joseph Kabila n’est pas comme les autres. J’ai donné ma parole d’honneur en promulguant cette Constitution, je n’y toucherai donc pas. Le pouvoir use. Il faut savoir s’arrêter».

Des confidences distillées

Edition Spéciale RD Congo - 1ere partie [ 7h30-8h00 ] - 09/08
09-08-2018
 
 
Edition Spéciale RD Congo- 2e partie [ 8h10-8h30 ] - 09/08
09-08-2018

Depuis, le chef de l'Etat congolais a toujours dit qu'il respectait la Constitution qui prévoit la limite du nombre de mandats présidentiels mais il entretenait le flou sur sa propre candidature, surtout avec ses proches collaborateurs. Notamment avec les leaders du parti au pouvoir, le PPRD, qui ont pour certains ces derniers mois appelé à voter pour Joseph Kabila ou même promis que Joseph Kabila resterait président après les élections le 23 décembre prochain.

Pourtant, depuis le début de l'année, Joseph Kabila l'aurait dit à différentes occasions, mais plutôt en dehors de son cercle: au G7 minier, les sociétés qui s'opposaient au code minier, selon certaines confidences, le chef de l'Etat congolais leur aurait assuré qu'il serait un homme d'affaires l'an prochain ; au cardinal Monseigneur Monsengwo qu'il ne serait pas candidat ; le président Kabila l'aurait fait comprendre également à son homologue angolais João Lourenço la semaine dernière ; ou encore tout récemment devant des proches, Joseph Kabila aurait reconnu qu'il s'agissait d'un moment difficile pour lui. Mais il n'était pas allé jusqu'à donner sa décision finale. Il avait quand même fait voter une loi portant sur le statut des anciens chefs d'Etat au cours d'une session parlementaire extraordinaire, qui lui accordera l'amnistie.

Pour Adolphe Muzito, ancien Premier ministre, cette décision n'est pas une surprise.

Je n’ai pas été surpris du choix qu’il a fait parce qu’il n’avait pas beaucoup de marge de manœuvre : il n’a pas laissé ses compagnons de route s’exprimer, se mettre en valeur, développer leurs idées, apporter la contradiction… de sorte que l’on n’a pas pu identifier des personnalités du fait de leurs idées…
Adolphe Muzito: «je ne suis pas surpris» de la décision de Joseph Kabila
09-08-2018 - Par Pierre Firtion
 

Un homme secret et méfiant

Joseph Kabila n'a eu qu'une poignée d'hommes de confiance. Il a toujours été secret, méfiant, les commentateurs les plus gentils diront timide, reclus. Chez lui, ce n'est pas le pouvoir qui isole, c'est sa nature, dit un journaliste congolais. « Sa force c'est de savoir se taire ».

D'aucuns assurent que chaque 16 janvier, depuis dix-sept ans, il revit douloureusement l’assassinat de son père. D'autres n'y croient pas une seule seconde. Tous en tout cas voient en lui un animal politique, froid. Il n'a que 29 ans quand il prend la tête d'un pays de 80 millions d'habitants. Un peu par hasard mais il faut gérer l'héritage... 

Homme politique et homme d'affaires, Joseph Kabila pilote la RDC pour un clan, le sien. « Sa seule réussite ironise un opposant c'est d'avoir su faire fructifier son empire ». Le dimanche, c'est repos et réceptions dans son ranch à une centaine de kilomètres de Kinshasa. A la question d'un journaliste : y a t-il une vie après le pouvoir ? Joseph Kabila aurait répondu : « Ne vous inquiétez pas, je ne me suiciderai pas.