Vu au Sud - Vu du Sud

Texte pris sur le site de "Jeune Afrique"

Niger : malgré son repli, Boko Haram continue de traumatiser la population

 

À Diffa, dans le sud-est du Niger, les habitants vivent dans la peur permanente. La libération de Damasak, de l’autre côté de la frontière, n’y change pas grand-chose. Reportage.

Au poste-frontière entre Diffa (Niger, à 7 km) et Damasak (Nigeria, à 30 km), la cahute de garde, côté nigérian, est vide, la barrière levée en permanence. Les gardes-frontières ont déserté les lieux. Depuis la prise de Damasak par Boko Haram, il y a un an, personne ne s’aventure ici… sauf les militaires nigériens. Ce sont eux qui, dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM), ont repris la ville au groupe jihadiste, le 27 juillet.

Chaque jour, un incessant chassé-croisé de blindés et d’automitrailleuses franchit la rivière. « Allah yakiyaye ! Que Dieu vous protège ! » leur lancent les villageois le long de la route inondée qui serpente entre les rizières.

Vers la fin de l’horreur

Il y a quelque temps, sur ce même pont dit de Doutsi, les jihadistes égorgeaient les habitants du coin, complices de l’armée, avant de jeter leurs corps dans la rivière Komadougou Yobé. « On les repêchait le matin, raconte un soldat. Ça semait la terreur jusque dans nos rangs. En gros, on savait ce qui nous attendait s’ils mettaient la main sur nous. » La peur, c’est d’abord ce que cherche à répandre Boko Haram. C’est peut-être ce qui explique la longue et minutieuse préparation de l’offensive fulgurante sur Damasak depuis la base militaire de Diffa.

Dans la salle d’état-major trône une immense carte de la région, avec des petits points censés représenter les bases ennemies. « Le problème avec Boko Haram, c’est qu’ils se dispersent, voyagent léger et rapidement. Ils tuent et disparaissent aussitôt dans la nature », précise le colonel Hamadou Djibo, chef des opérations. À Damasak, l’armée nigérienne a trouvé une petite cité vidée de sa population, aux murs remplis d’inscriptions en arabe attribuées à Boko Haram.

Mais derrière chaque volet qui claquait se dissimulait un combattant armé d’une kalachnikov. Une trentaine d’entre eux seraient morts, selon l’état-major. « En reprenant Damasak, nous avons coupé l’un des bras de Boko Haram qui menaçait Diffa, estime le colonel-major Oumarou Namata. Notre objectif, à présent, c’est de sécuriser la région en ratissant jusqu’au lac Tchad, où se cache le gros des terroristes. » Pour y arriver, l’état-major impose à ses hommes une discipline de fer, car les terroristes s’infiltrent dans la moindre faille.

Une peur constante

À Diffa, ville de transit autrefois vivante et commerçante, Boko Haram est nulle part et partout à la fois. En 2015, les attaques-suicides s’y sont succédé, et la paranoïa s’est installée durablement : la ville s’est barricadée derrière d’interminables check-points. « Une fois, on a même découvert des kalachnikovs entièrement démontées et cachées dans le ventre de gros poissons sur les palettes d’un camion en provenance du Nigeria », raconte un commerçant.

Depuis la mise en place de l’état d’urgence, Diffa est tous les soirs sous couvre-feu à partir de 19 heures. Et si les militaires quadrillent la ville de long en large, personne n’est vraiment à l’abri d’une attaque-suicide. « Tout le monde craint un peu son voisin, explique Walli, un habitant. C’est ça le problème, ils se fondent dans la masse. Un garçon qui vous regarde passer le long de la route est peut-être en train de renseigner les terroristes. »

À 20 km de la ville, les ouvriers chinois qui goudronnent la route vers le Tchad se terrent chaque soir, après le travail, derrière l’enceinte du PK50, forteresse géante construite au milieu de nulle part et entourée de miradors.

Le long des 200 km de frontière avec le Nigeria, la population vit dans la peur. « Aqmi [Al-Qaïda au Maghreb islamique], ils vous prennent en otage, mais avec un peu de chance, au bout de deux ou trois ans, ils vous relâchent. Alors que Boko Haram, ils vous tuent direct », résume Aziz, un chef d’entreprise de Niamey qui ne sort de son hôtel à Diffa que sous escorte. Depuis l’attaque de Boko Haram à Bosso, près du lac Tchad, le 3 juin, 60 000 déplacés se sont entassés le long de la route numéro 1 en provenance de l’est pour « fuir les égorgements massifs ».

« Ils ne ferment pas l’œil de la nuit, tous font des cauchemars, rapporte Djamal Zamoum, chef de mission au HCR. Plus que la faim ou les maladies, quand le soleil se couche, c’est le retour de Boko Haram qu’ils craignent. » Beaucoup d’entre eux se sont regroupés sur le site de Garin Wanzam, à 40 km de Diffa, qui abrite désormais 14 873 personnes, selon le dernier recensement de la Commission nationale d’éligibilité au statut de réfugié. Les plus chanceux rejoindront le camp de Sayam Forage, a priori mieux protégé par l’armée.

Des attaques à la ganja

Les anciens habitants de Bosso ont gardé en mémoire le visage de certains « enfants du marabout », comme on surnomme les combattants de Boko Haram. « On ne s’y attendait pas, on ne pensait pas qu’un tel carnage puisse arriver au Niger », raconte calmement Issiakou Shioaram, lui-même marabout tidjane, donc jugé déviant de l’orthodoxie sunnite par la secte islamiste. Ce Nigérian de 46 ans a fui pour la septième fois en cinq ans les exactions des hommes d’Abubakar Shekau. Pour lui, « BH » comme il dit, « c’est un serpent qui mord avant qu’on ait eu le temps de prendre un bâton pour le frapper ».

Mais, cette fois, ce réfugié originaire de la région de Maiduguri a été marqué par un détail : « J’ai vu des ombres dans la panique, celles d’enfants de 10 ou 12 ans avec des couteaux, des kalachnikovs, frappant, tirant sur tout ce qui bougeait. » Aux alentours, les villageois ont retrouvé des restes de feux, avec des mégots étranges dans les cendres. « Ils fument de la ganja avant d’attaquer », dit l’un des réfugiés.

Tous savent d’où viennent ces enfants. La plupart ont été enrôlés discrètement via des prédicateurs locaux dans les villages de la région, de part et d’autre de la frontière. « Ça commence par de l’endoctrinement. Un jour, un homme barbu vient au village pour expliquer aux jeunes le “vrai islam”. Et puis un matin, tu te réveilles, et ton fils a disparu », explique Moustapha Mallam, un déplacé nigérien de 36 ans.

Traquer Sheckau pour mettre fin aux enlèvements

Quel est le mode opératoire des terroristes ? « Ils arrivent souvent la nuit, poursuit Moustapha. En général, ils tuent d’abord puis font des prisonniers, qu’ils attachent par les pieds et les mains pour éviter qu’ils n’aillent prévenir les secours. Et, pendant ce temps, ils pillent tout ce qu’ils trouvent, ils cassent tout sur leur passage. Certains prisonniers ont pu rester dix jours attachés comme ça ! » Les attaques se font le plus souvent à moto.

« Pour pouvoir dissocier les habitants des combattants de Boko Haram, nous avons donc interdit les deux-roues dans toute la région », explique le colonel-major Oumarou Namata. Depuis, des villages ont déjà été attaqués à cheval. En général, les éléments de Boko Haram font une incursion rapide et repartent se cacher dans la brousse.

Depuis février 2015, 163 incidents, la plupart avec mort d’hommes, ont été répertoriés dans la région de Diffa, selon une source onusienne. Le dernier en date a eu lieu le 30 juillet et aurait fait 24 victimes civiles, « toutes égorgées » selon cette même source, dans le village de Gaduraa. Djamal Zamoum, du HCR, ne comprend pas très bien : « Pourquoi s’en prennent-ils aux populations civiles ? Ils veulent vider la région du lac Tchad de sa population, mais dans quel but ? »

Face aux risques d’une pénétration durable de Boko Haram dans cette région autrefois paisible et dynamique, et devant l’afflux toujours plus important de réfugiés aux alentours de Diffa (241 000, selon les derniers chiffres du HCR), le mot d’ordre de l’armée nigérienne et de la FMM est « gama aiki » – finir le travail. « Traquer Abubakar Shekau, tel est l’objectif, quitte à le tuer lors d’une opération secrète comme celle qui fut organisée au Pakistan contre Ben Laden », confie un capitaine nigérien.

Pour l’instant, le leader de Boko Haram, que l’on a dit mort puis grièvement blessé, se terre. Shekau, « l’homme invisible », porte d’ailleurs un autre surnom, « Damasak ». De bon augure si son destin est lié à celui de la ville libérée du joug de Boko Haram…

Dans le dernier bulletin d'abcburkina.net, cet article

Situation potentiellement explosive à Guiaro

La saison des pluies est celle à laquelle il y’a le plus de conflits entre agriculteurs et éleveurs. A Guiaro, des dégâts causés le 27 juillet 2016 par des bœufs a mis le feu aux poudres. Conséquence, plusieurs dizaines de personnes sans abris. Le calme est revenu suite à une médiation. Mais pour combien de temps ?

Des cases démolies, des bois de chaumes éparpillés, des greniers partis en fumée, du matériel calciné, le bétail éparpillé. C’est ce visage désolant que présentait le campement peul du quartier Koeniassa du village de Bouya, commune rurale de Guiaro, dans la province du Nahouri, le jour 28 juillet 2016. Dans l’urgence, ces sinistrés sont temporairement logés dans les salles de classes du CEG de la commune mais d’autres sont pour le moment portés disparus. Bandé Sadjo, représentant des victimes rapporte que : « Nos mamans, nos femmes et nos enfants se sont dispersés et nous ne savons pas où ils se trouvent actuellement ».Selon le maire de la commune, l’on dénombre 127 personnes sans-abris.

Un conflit qui couvait depuis une dizaine d’années

Cette situation a été causée par un conflit intercommunautaire qui a opposé les autochtones gourounsi, dont la quasi-totalité est composée d’agriculteurs, aux migrants peulhs, en majorité éleveurs, le mercredi 27 juillet 2016. A la base de ce conflit, des dégâts causés par des animaux des migrants dans les champs des autochtones le 25 juillet 2016. Pendant que les différentes parties s’attelaient à un règlement à l’amiable, intervient un second saccage de champs 2 jours plus tard par des animaux. Remontés, les autochtones mènent une expédition punitive contre les migrants. En réalité les dégâts des champs ne sont que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. L’origine du conflit remonte à 2015, lorsque l’Etat a entrepris d’aménager la zone pastorale de la commune de Guiaro. Depuis la création de cette zone pastorale, le climat est tendu entre les agriculteurs et les éleveurs. Ces derniers sont sommés de déguerpir de leurs lieux d’habitation et de rejoindre la zone pastorale qui, malheureusement est en cours d’aménagement, l’Etat n’ayant pas encore balisé cette zone pour faciliter l’installation définitive des éleveurs concernés

Terminer les aménagements prévus

Ce jour, lundi 8 août, au moment ou nous tracions ces lignes, les autorités locales sont à pied d’œuvre pour apaiser la situation. Une première rencontre a lieu le jeudi 28 juillet 2016, entre les différents protagonistes et les autorités politiques, coutumières, religieuses ainsi que les services de sécurité et les services techniques, pour tenter de régler ce différend. Les 2 parties ont pris l’engagement de se pardonner pour que la paix et la stabilité reviennent dans la commune.

En guise de recommandation à très court terme, PASMEP (Plateforme d’Actions à la Sécurisation des Ménages Pastoraux) estime que pour résoudre durablement ce conflit, l’Etat et ses partenaires devraient accélérer les travaux de finition et d’attribution de la zone pastorale. Ce qui permettra à chaque groupe d’acteurs d’occuper les terres qui lui reviennent. Au-delà de cette situation à Guiaro, l’Etat, les partenaires au développement, les collectivités territoriales et les communautés, devront mettre du prix dans l’application effective des différentes législations et règlementations relatives au pastoralisme, au foncier rural, à l’environnement, etc.

En rappel, la commune de Guiaro fait partie des six (6) communes d’intervention de PASMEP. 4 groupements de pasteurs, dont le groupement mixte Konafata de Bouya, sont ainsi pris en compte dans les activités de mise en œuvre du projet PRECOP/CS (Projet de renforcement des capacités des organisations pastorales du Centre Sud, projet financé par Miséreor). Les victimes de ce conflit sont des membres du groupement Konafata.

Fatimata VALEA

Chargée de suivi évaluation/PASMEP

Sur le site de "Jeune Afrique"

 

APE : Bruxelles fait monter la pression sur les pays d’Afrique de l’Ouest

 

Si l'Accord de partenariat économique (APE) avec les pays de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) n'est pas ratifié avant le 1er octobre 2016, la Côte d'Ivoire et le Ghana perdront les préférences douanières dont ils bénéficient, selon une décision de la Commission européenne, consultée par "Jeune Afrique". Seule alternative : signer à temps les APE ou rétablir, en ordre dispersé, les accords bilatéraux antérieurs.

L’Union européenne semble bien décidée à voir entrer en vigueur les Accords de partenariats économiques (APE) conclus avec les pays africains.

Seule option, selon Bruxelles, pour mettre ses relations commerciales avec plusieurs pays africains en conformité avec les règles commerciales internationales de l’OMC et pour s’éviter d’éventuelles litiges avec des pays tiers — États-Unis et Chine en tête — qui pourraient contester des régimes d’exception qu’ils considèrent injustes.

Signe de cette détermination, la Commission européenne a approuvé la sortie à partir du 1er octobre 2016 du Botswana, du Ghana, de la Côte d’Ivoire, du Kenya, de la Namibie et du Swaziland du système de préférences douanières favorables prévu par le Règlement d’accès au marché (RAM).

Cette décision, en date du 08 juillet et que Jeune Afrique a pu consulter, doit encore être approuvée par les députés européens et le Conseil des ministres européens, dans un délai de deux mois.

Un régime temporaire

Entré en vigueur en 2008, le RAM a instauré un régime qui garantit de façon temporaire l’accès de plusieurs pays africains au marché européen sans droits de douanes ni quotas. Un tel accès est déjà garanti par défaut aux 48 Pays les moins avancés — dont une trentaine sont africains* (0 % sur toutes les lignes de produits à l’exception des armes), dans le cadre de l’initiative Tout sauf les armes, approuvée par l’Union européenne en 2000.

Le RAM a été mis en place dans l’attente du bouclage des longues et laborieuses négociations des APE, entreprises avec les 79 pays de la zone Afrique Caraïbes Pacifique (ACP), comme le prévoyait l’accord conclu à Cotonou au Bénin en 2000.

Si les APE ont été approuvés, ils n’ont pas encore tous été ratifiés par les législations et les exécutifs des pays africains concernés. Et ne peuvent donc pas entrer en vigueur, pour l’instant.

Retour à un système de préférences moins avantageux pour les pays africains

Or le régime du RAM ne peut pas être maintenu indéfiniment, puisqu’il est jugé très faible juridiquement par les juristes bruxellois. D’où le coup de pression supplémentaire décidé par la Commission européenne le 08 juillet dernier.

Les échanges commerciaux entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest ont atteint 56,4 milliards d’euros en 2015.

Si à la date limite du 1er octobre, les APE ne sont pas définitivement ratifiés, tous les pays africains qui ne sont pas PMA et ne sont pas couverts par un accord bilatéral spécifique à cette date, tomberont dans une catégorie moins avantageuse, celle du Système généralisé de préférences qui prévoit des réductions de droits de douanes sur environ 66 % des exportations des pays en développement.

Dans le cas du Botswana, de la Namibie et du Swaziland, les services européens disent avoir déjà l’assurance d’une ratification avant l’échéance d’octobre. Mais en Afrique de l’Ouest, si la plupart des pays ont signé l’APE régional, le Nigeria, la Mauritanie et la Gambie ne l’ont pas encore fait.

Malgré les assurances d’Aisha Abubakar, la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et des Investissements, qui s’est rendue à Bruxelles en mars, les autorités européennes prennent pour acquis que l’APE ouest-africain ne sera pas ratifié au 1er octobre.

Or les enjeux sont importants : les échanges commerciaux entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest ont atteint 56,4 milliards d’euros en 2015, dont 29 milliard d’euros d’exportations européennes.

Pour parer aux conséquences de leur sortie du RMA, certains pays de la région, la Côte d’Ivoire et le Ghana notamment, se prépareraient déjà à revenir à des accords bilatéraux antérieurs, conclus avec l’Europe en 2007. Un choix qui est toutefois lourd de conséquences pour la cohésion régionale.

Les accords bilatéraux créent le risque d’un retour des droits de douane entre les pays de l’Uemoa.

Un risque sur l’intégration régionale ouest-africaine

« Ces pays sont libres de revenir aux accords bilatéraux. Mais la conséquence immédiate serait un recul grave de l’intégration régionale », avertit Cheikh Tidiane Dieye, directeur exécutif du Centre africain pour le commerce, l’intégration et le développement, basé à Ouagadougou.

« La Côte d’Ivoire est dans l’Union douanière de l’Uemoa et n’a donc plus droits de douanes avec ses voisins. La Cedeao vient pour sa part de mettre en œuvre un tarif extérieur commun qui la fait évoluer vers une union douanière », rappelle l’analyste, pour qui un retour en ordre dispersé aux accords bilatéraux fait courir le risque d’un rétablissement des droits de douane entre les pays d’Afrique de l’Ouest.

L’Afrique de l’Ouest n’est pas la seule région actuellement sous pression pour la ratification à temps des APE.

La signature de l’APE par les pays d’Afrique de l’Est (dont le Kenya) était prévue le 18 juillet dernier à Nairobi en marge de la 14e session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced). Elle a été annulée, la Tanzanie ayant choisi de s’en dissocier dans la foulée du vote pour le Brexit.

Les trois APE régionaux en cours de négociation entre l’UE et la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC)

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* En 2015, les PMA africains qui bénéficiaient par défaut du « Tout sauf les armes » sont les suivants : Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Centrafrique, Tchad, Comores, RDC, Djibouti, Guinée équatoriale, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, Togo, Ouganda, Tanzanie et Zambie.

A la Une: l'attaque contre une église en France

 
© AFP/Pius Utomi Ekpei
 

Un prêtre égorgé dans son église hier matin à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans le nord-ouest de la France par deux jihadistes se réclamant de l’organisation Etat islamique : l’émotion est grande sur le continent.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a présenté hier sa « profonde compassion » à la France et a « réaffirmé l’engagement du Mali aux côtés de la France à lutter efficacement contre le terrorisme et l’extrémisme religieux. »

L’émotion est grande également dans la presse.

Pour le quotidien Aujourd’hui à Ouaga, « en frappant la France deux fois en l’espace de deux semaines, l’EI espère l’avènement d’une guerre religieuse, l’une des guerres les plus dangereuses, meurtrières, et difficiles à arrêter. A en mesurer par l’onde de choc, ressentie en Europe, en Amérique et en Afrique, surtout que le principal de l’église de St-Etienne-de-Rouvray, est un Congolais, l’abbé Auguste Moanda Phuati, et que nombreuse est la communauté africaine qui vient prier dans cette Eglise de Normandie, l’onde de choc donc pourrait avoir des conséquences terribles. D’Abidjan à Ouaga, en passant par Brazza et Kinshasa, le meurtre du vieil homme en soutane a provoqué la sidération, si ce n’est la colère qui le dispute à l’incompréhension. Non content de mettre à mal la laïcité, pilier de la République, l’EI tente de formater les esprits à un affrontement confessionnel. »

« Il faut savoir raison garder, renchérit Le Pays, pour ne pas jouer le jeu des djihadistes qui, on le sait, depuis des lustres, font des pieds et des mains pour rallier tous les musulmans à leur cause, afin de provoquer une guerre de civilisations que tout le monde redoute. (…) Mieux vaut faire "bloc face à une telle attaque barbare", pour emprunter l’expression du Premier ministre, Manuel Valls. (…) Rappelons-nous le groupe islamiste Boko Haram au Nigeria qui, dans sa furie, s’en prend aveuglément aussi bien aux églises qu’aux mosquées, empêchant désormais toute lisibilité dans ses actions. Restons donc unis ! C’est à ce prix que nous pouvons vaincre l’ennemi commun. »

 

Le retour du vieux lion

A la Une également, le retour de l’opposant Etienne Tshisekedi à Kinshasa… Après deux années d’exil en Belgique pour raisons médicales, l’opposant historique devrait arriver par avion privé à la mi-journée à l’aéroport de Ndjili.

« La police de Kinshasa a pris des mesures drastiques », pointe le site d’information congolais DirectCD. Seulement 15 personnes seront autorisées à accéder à l’intérieur de l’aéroport. Quarante personnes pourront prendre place devant les bâtiments. Et les sympathisants de l’UDPS seront cantonnés au-delà de la chaussée.

Comment analyser ce retour ? Pour le site guinéen Ledjely.com, « si la convergence de vues entre les opposants est bâtie autour de l’exigence exclusive et absolue du départ de Joseph Kabila, le retour d’Etienne Tshisekedi sera plutôt une opportunité pour l’opposition. En effet, en l’absence de Katumbi, l’arrivée du vieux lion peut aider à "réénergiser" le camp des opposants. La flamme de la contestation pourra ainsi être entretenue (…). Pour le pouvoir, cette perspective est d’autant plus inquiétante qu’Etienne Tshisekedi passe pour un vieux routier qui a plus d’une stratégie dans sa gibecière. »

 

Libérez Jean Bigirimana !

Enfin, l’inquiétude grandit à propos du sort du journaliste burundais Jean Bigirimana… Au cinquième jour de la disparition inexpliquée du journaliste, le directeur du Groupe de Presse Iwacu, Antoine Kaburahe, lance un appel aux autorités burundaises. « Ce que nous demandons relève du droit, mais aussi de l’humanité, écrit-il. Jean Bigirimana n’est pas un criminel. Au chômage depuis quelques mois, cet ancien journaliste de la Radio Rema venait d’être recruté par Iwacu. Licencié en droit, garçon discret, travailleur, Jean est un père de famille. Que ceux qui le détiennent pensent à ses deux petits garçons et sa jeune épouse. Cette famille vit dans l’angoisse depuis 5 jours. Au nom de tout le Groupe de Presse Iwacu, implore encore Antoine Kabuhare, au nom de sa famille, nous demandons que la vie de Jean Bigirimana soit préservée et qu’il puisse recouvrer sa liberté. »


 

Nous donnons généralement des informations plutôt en lien avec l'Afrique de l'Ouest. Cependant beaucoup de choses bougent en Afrique en ce moment.

 

Elections sud-africaines: les partis se disputent la figure tutélaire de Mandela

Le vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa s'exprimait, le 16 juillet 2014, sur la préservation de l'héritage de Nelson Mandela.
© RAJESH JANTILAL / AFP
 

Les élections municipales se tiendront le 3 août prochain. Le Congrès national africain (ANC) pourrait perdre la gouvernance trois grandes villes du pays au bénéfice du principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique. Dans la dernière ligne droite avant le scrutin, les deux partis cherchent à s'attirer les faveurs des électeurs en se disputant l'héritage de Nelson Mandela.

Mais à qui donc appartient l'héritage de Nelson Mandela aujourd'hui ? La question est posée dans cette dernière ligne droite avant les municipales en Afrique du Sud. En début de semaine, l'Alliance démocratique a placardé des affiches portant ce slogan : « Honorez le rêve de Madiba, votez pour la DA ». Un message qui passe très mal auprès de l'ANC, qui a redoublé ses attaques contre le premier parti d'opposition.

Comme toujours, le Congrès national africain accuse l'Alliance démocratique d'être un parti blanc, qui souhaite ramener l'apartheid en Afrique du Sud. Le porte-parole du parti majoritaire a estimé qu'il s'agit d' « une initiative insensible pour la mémoire de Madiba, pour sa famille et son organisation, l'ANC ». Il rappelle que Mandela avait une fois évoqué l'AD comme « un parti de patrons blancs et de larbins noirs ».

Pourtant, Mmusi Maimane, premier leader noir de l'Alliance démocratique, estime que « son point de vue serait différent aujourd'hui ». Pour lui, ces attaques sont une preuve supplémentaire que  l'ANC, « incapable de créer des emplois, d'endiguer la corruption et d'offrir de meilleurs services publics », n'a plus d'autre choix que de jouer sur les divisions raciales du pays pour remporter les élections.

Le jeune leader de l'opposition préfère lui appeler les Sud-Africains à se réunir autour de « leur histoire commune ».

 

RDC: l’opposant Etienne Tshisekedi de retour à Kinshasa après 2 ans d'absence

L'opposant Etienne Tshisekedi lors de son retour à Kinshasa, RDC, le 27 juillet 2016.
© RFI/Sonia Rolley
 

L’opposant historique fait son grand retour en RDC après deux ans d'absence. Parti tôt ce mercredi matin de Bruxelles, l’avion d’Etienne Tshisekedi s’est posé comme prévu aux alentours de 14 heures, heure locale, à l’aéroport de Kinshasa. Depuis, c'est la liesse parmi ses partisans qui suivent le cortège qui l'amène jusqu'au siège de l'UDPS.

La rumeur courait depuis le matin : l’avion d’Etienne Tshisekedi devait avoir du retard, voire beaucoup de retard, pour son retour à Kinshasa. Finalement, c’est à l’heure prévue qu’il s’est posé à l’aéroport de Ndjili.

Un comité d'accueil assez limité, composé de plusieurs dizaines de personnes, l'attendait à l'aéroport. En revanche, tout au long des routes qui traversent les quartiers populaires menant jusqu'au siège de l'UDPS, étaient rassemblées des foules parfois très imposantes. Certains bloquaient les voitures en demandant : « Où est le président Tshisekedi ? » Les observateurs estiment qu'il y avait plus de monde pour son retour que pour celui du corps de Papa Wemba.

Entouré par le cortège de ses partisans, Etienne Tshisekedi a ainsi fait route vers son domicile dans la capitale congolaise, un parcours lent et plusieurs fois interrompu par les bains de foule de l'opposant. A Limete, l'enthousiasme qu'a fait naître ce retour d'Etienne Tshisekedi ne faiblit pas chez ses partisans. A la tombée de la nuit, les dizaines de milliers de partisans ont allumé des briquets. Régulièrement, l’opposant est sorti pour saluer la foule. La population de ces quartiers populaires qu’on sait acquise au président de l’UDPS paraît comme hystérique.

« Le père de la démocratie » revient

Les jeunes disent tous la même chose : Etienne Tshisekedi est une icône, c’est le père de la démocratie, ils se reconnaissent dans son combat même s’ils ne sont pas dans sa formation politique. Des militants disent également qu’il représente la politique congolaise elle-même.

Ce retour s’est ainsi transformé en grand meeting de l’opposition. Les militants de son parti l'UDPS étaient présents en masse, mais pas seulement, car les militants de toute l'opposition ont fait le déplacement. Une dizaine de cadres de l'UDPS et des responsables du Rassemblement, la plateforme d'opposition nouvellement créée en Belgique, étaient également présents pour l'accueillir.

Ce retour de l'opposant intervient alors qu'un grand meeting politique de la majorité est prévu vendredi 29 juillet à Kinshasa. Un meeting de l'opposition, qui serait présidé par Etienne Tshisekedi, est également programmé dimanche dans la capitale. M. Tshisekedi ne s'est pour le moment pas déclaré candidat au prochain scrutin présidentiel.

L’opposant historique fait son grand retour en RDC après deux années d’absence. En août 2014, victime d'un malaise, il avait été évacué de la capitale congolaise par avion médicalisé. Sa retraite en Belgique n'a pas été seulement médicale et dans la banlieue chic de Bruxelles où il résidait depuis près de deux ans, Etienne Tshisekedi n'a pas abandonné la politique.

 

 

Soudan du Sud: l'opposant Riek Machar sort de son silence

Le leader de l'opposition sud-soudanais Riek Machar est caché dans les environs de Juba, la capitale sud-soudanaise.
© REUTERS/Thomas Mukoya
 

L'opposant sud-soudanais Riek Machar s’est enfin exprimé. Depuis quinze jours, et les combats qui ont éclaté à Juba entre ses troupes et celles du président Salva Kiir, le vice-président se cache en dehors de la capitale. Ce mercredi 27 juillet, il a donné une interview par téléphone à Al-Jazeera, dans laquelle il estime que la nomination par le chef de l'Etat, mardi, de l'un de ses anciens collaborateurs pour le remplacer, est illégale.

« Je suis toujours le vice-président du Soudan du Sud. La nomination de Taban Deng Gai est illégale. Salva Kiir n'avait aucune autorité pour le nommer à mon poste ». Voilà en substance ce qu'a déclaré Riek Machar, depuis sa cachette des environs de Juba. Il affirme qu'il avait chargé, lors de son départ de la capitale, le ministre de l'Intérieur Alfred Ladu Gore d'assumer sa fonction en attendant son retour.

Riek Machar prévient : pour lui, Salva Kiir « a fait le premier pas vers l'effondrement » de l'accord de paix. Il exige une fois de plus l'intervention de la force d'interposition décidée au sommet de l'Union africaine pour revenir à Juba. Une force militaire pourtant catégoriquement refusée par son rival, au nom de la souveraineté nationale. « Si la communauté internationale échoue, conclut Riek Machar, l'accord de paix aura échoué. »

Entretemps, à New York, un porte-parole du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi émis des doutes sur la manœuvre de Salva Kiir pour mettre son adversaire à l'écart. « Les nominations politiques, a déclaré Farhan Haq, doivent être compatibles avec les dispositions énoncées par l'accord de paix. »