Histoire

Thomas Sankara: mort et renaissance d'un héros africain

Défilé à Ouagadougou à l'occasion du XXe anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara, le 14 octobre 2007.
© AFP PHOTO/ KAMBOU SIA
 

15 octobre 1987, disparaissait l’ancien homme fort du Burkina Faso Thomas Sankara, brutalement assassiné par un commando d’hommes armés, lors du coup d’Etat qui amena au pouvoir son frère d’armes Blaise Compaoré. Pendant les  quatre années qu’il a dirigé son pays, le célèbre capitaine au béret rouge a incarné l’idéal révolutionnaire, qui continue de faire rêver, trente ans après sa disparition, une jeunesse africaine en manque d’idéal. Devenu une idole, façon Che Guavera, synonyme d’intégrité et de justice sociale, l’homme survit dans la mémoire de la postérité grâce aux nombreux films et biographies qui lui sont consacrés. Parallèlement, des artistes de toute discipline se sont emparés de sa légende et la perpétuent.

Dans son émouvant long-métrage Capitaine Thomas Sankara composé de documents d’archives que le cinéaste suisse Christophe Cupelin a consacrés au  capitaine rebelle, on entend ce dernier déclarer à une journaliste qu’il a commis  1 000 erreurs avant d’obtenir une petite victoire et  10 000 erreurs avant d’obtenir trois ou quatre succès.

Ces trois ou quatre succès ont suffi pour faire de Thomas Sankara une figure emblématique de l’histoire africaine contemporaine. Pour l’écrivain djiboutien Abdourahman Waberi, qui vient d’écrire le script pour un projet de biopic sur celui qui fut l’homme fort d’Ouagadougou de 1983 à 1987, avant de tomber sous les balles de ses assassins, « Sankara est après Nelson Mandela, le héros le plus plébiscité par la jeunesse africaine ».

 

«  Alors que les Sassou, les Biya et autres Guelleh et Nkurunziza, avec parfois plus de 40 années de règne et zéro développement à leur actif, sont sûrs de finir dans la poubelle de l’histoire, le bref passage de Sankara à la tête de son pays, riche en réalisations sociales et orientations nouvelles, resteront longtemps dans les esprits », poursuit le romancier. Et d’ajouter : «  Même si la révolution de la gouvernance à laquelle le nom de Sankara est associé est oubliée, l’histoire se souviendra que l’homme avait su réinventer la Haute-Volta post-coloniale en le rebaptisant Burkina Faso, soit "le pays des hommes intègres". »

« La révolution, c’est le bonheur »

Arrivé au pouvoir le 4 août 1983, Thomas Sankara a marqué son époque par son souci farouche d’arracher son pays au sous-développement d’une part, et ses prises de position courageuses d’autre part, face aux puissants du monde. Il a dénoncé la chape de plomb de la dette, la marginalisation de l’Afrique, le patriarcat ou la désertification qui menace les pays du Sahel dont le Burkina. Orateur hors pair, il annonçait la couleur en octobre 1984, revendiquant du haut de la tribune des Nations unies le droit de son tout petit pays enclavé de ne plus être « l’arrière-monde de l’Occident repu ».

Bruno Jaffré est le biographe principal de Thomas Sankara. © Ed. Syllepse

Réunis dans un volume très exhaustif par Bruno Jaffré (1), principal biographe du président révolutionnaire, les discours prononcés par ce dernier dans les tribunes internationales et domestiques témoignent de la force de l’engagement du jeune capitaine trentenaire en faveur de la justice sociale, du tiers-mondisme et de la réhabilitation de l’Afrique. « La révolution, c’est le bonheur », avait-il proclamé.

Selon Jaffré, « Sankara était le dernier révolutionnaire africain », synonymes d’intégrité morale et d’ambition à la fois visionnaire et pragmatique pour les siens, les oubliés de la prospérité et du développement. Il y avait en cet homme du Gandhi et des pères fondateurs de l’Amérique moderne, dont il aurait très bien pu faire sienne la déclaration de l’indépendance affirmant le droit inaliénable de tous à « la vie, la liberté et le bonheur ». Cet idéalisme chevillé au corps explique que trente ans après la disparition de ce chef d’Etat africain pas comme les autres, sa légende continue de fasciner la jeunesse du continent.

On se souvient que c’est en scandant son nom que les jeunes Burkinabè ont manifesté dans les rues de Ouagadougou pendant les trois jours fatidiques d’octobre 2014 qui ont scellé le sort du régime contre-révolutionnaire de Blaise Compaoré, successeur de Sankara. « Leur mot d’ordre n’était autre que la fameuse « la Patrie ou la mort, nous vaincrons », le slogan par lequel se concluait l’hymne national burkinabé à l’époque de la révolution », se souvient le biographe du capitaine rebelle. Ce resurgissement du mythe Sankara est considéré par beaucoup comme une formidable revanche de la révolution sankariste sur l’Histoire. Le capitaine intrépide était persuadé, comme il l’avait déclaré une semaine avant sa mort : « On peut tuer un homme, mais pas ses idées ».

Or ce n’était pas faute d’avoir essayé. Gêné aux entournures par le bilan largement positif des années Sankara, le nouvel homme fort de Ouagadougou fera tout pour effacer les traces de la révolution, vouant aux gémonies son prédécesseur qu’il accusait d’avoir voulu liquider ses compagnons de route, dont lui-même. Il s’arrangera pour que les circonstances réelles de la mort de Sankara ne puissent jamais être élucidées, allant jusqu’à faire délivrer à sa famille un certificat de décès confirmant sa « mort naturelle  ». L’enquête judiciaire sur cette affaire est restée au point mort pendant l’ère Compaoré. Vingt ans durant, le régime empêchera les proches du capitaine disparu d’aller se recueillir sur sa tombe. En politique, la nouvelle administration promulgue la « rectification » (de la révolution), s’employant à ramener le pays dans le giron de la « Françafrique », dont Blaise Compaoré deviendra à terme un élément indispensable aux côtés de son parrain régional le patriarche ivoirien Félix Houphouët-Boigny.

Icônisation

Voici le contexte dans lequel est née la légende de celui que ses compatriotes ont affectueusement surnommé « Tom Sank ». La mort tragique du leader, jamais élucidée, y a largement contribué. « La mort transforme la vie en destin », écrivait le ministre de De Gaulle André Malraux, qui s’y connaissait en destins empêchés de s’accomplir, mais aussi en destins dégradés par l’usure du pouvoir, ayant été souvent appelés à célébrer leur installation dans le Panthéon de la mémoire collective.

Quant à ceux qui célèbrent le révolutionnaire burkinabé, ils s’appellent Fela, Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Smockey, Sams’K Le Jah, Basic Soul, Didier Awadi, Cheikh Lô, Robin Shuffield, Christophe Cupelin, Cédric Ido, Baoui Jean Camille Ziba, Aristide Tarnagda, Serge Aimé Coulibaly, Pierre-Christophe Gam.... Venues des disciplines diverses – ils sont chanteurs, chorégraphes, designers, cinéastes, dramaturges -, ces artistes se sont emparés de la figure de Sankara et en ont fait l’icône de cette «  autre Afrique » libérée de l’emprise des grandes puissances que le capitaine appelait de tous ses vœux.

 

« Ce phénomène d’"icônisation" de Sankara a pris de l’ampleur, explique Bruno Jaffré, dans les années 2000, où on a assisté à une mutation de l’opinion par rapport à l’homme du 4 août 1983.  » Le tournant fut la célébration, en 2007, du vingtième anniversaire de l’assassinat du leader africain, lorsque des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées pour aller accueillir sa veuve. En dédiant trois ans plus tard son Kora Award à Thomas Sankara, en pleine session de remise de prix à Ouagadougou en présence du successeur de ce dernier, le rappeur Smockey marque une nouvelle étape dans la réhabilitation du président déchu. Il n’était pas par ailleurs rare à l’époque de croiser dans les rues de la capitale des jeunes vêtus en T-shirts à l’effigie du « Che » africain, alors que son image était interdite sur les écrans de la télévision publique.

« Au fur et à mesure que le régime de Compaoré s’enfonçait dans la corruption, le clientélisme, le népotisme, poursuit Jaffré, la population s’est réfugiée dans le souvenir des acquis sociaux et économiques des années Sankara, oubliant parfois la dimension autoritaire du régime. » Et le biographe d’ajouter : « Le rappel des célèbres discours du capitaine mis en cadence par les chanteurs, tout comme les allusions dans leurs textes aux combats économiques menés avec succès sous Sankara tels que l’autosuffisance alimentaire, la construction des logements sociaux, les grandes campagnes de vaccination qui ont touché 2,5 millions de Burkinabè, ont préparé le terrain pour l’insurrection populaire de 2014. ».

Selon Antoine Glaser, observateur attentif des évolutions africaines, ce phénomène d’influence outre-tombe de Sankara s’explique aussi par la nature des combats précurseurs qu’il a menés notamment en faveur de l’écologie ou du refus du diktat des organisations monétaires internationales, « des combats en prise avec les enjeux contemporains, pas seulement en Afrique ».

Paradoxes

Morte en 1987, sa mémoire ressuscitée par les artistes au cours des années 2000, puis réinstallée au cœur du Burkina officiel par les jeunes insurgés d’octobre 2014 qui ont délogé Blaise Compaoré, la révolution sankarienne a aujourd’hui le vent en poupe dans sa patrie. Or paradoxalement, les partis politiques burkinabés qui se réclament du sankarisme demeurent minoritaires dans le pays et peinent à faire entendre leur voix, bien qu’ils aient rejoint le gouvernement issu des élections démocratiques de 2015. Un gouvernement dont les orientations semblent tout sauf révolutionnaires. Comment dans ces conditions rester fidèle à l’idéal sankariste ?

« Ce ne sont pas les partis politiques mais les organisations de la société civile qui sont les vraies héritières de la pensée radicale de Thomas Sankara, affirme Antoine Glaser. Elles ont pour nom Y’en a marre au Sénégal, Lucha au Congo, Le Black Monday Movement au Cap ou Le Balai citoyen au Burkina. A elles incombent la lourde tâche d'imagine un autre avenir. »

Créée par les militants pro-révolutionnaires, Le Balai citoyen a été le fer-de-lance de l’insurrection de 2014. Proche du gouvernement d’Ouagadougou sans en faire partie, elle se veut la « mauvaise conscience du pouvoir ». Pour son porte-parole Guy-Hervé Kam, le meilleur moyen de perpétuer la mémoire de Thomas Sankara, serait de s’assurer que l’ex-Haute-Volta demeure fidèle au nom que lui a donné ce dernier, car, affirme-t-il, « le pays des hommes intègres est plus qu’un nom. Un horizon d’attente. »

(1) Thomas Sankara: La liberté contre le destin. Discours rassemblés et présentés par Bruno Jaffré. Edition Syllepse, 480 pages, 20 euros.


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A découvrir © RFI
 

Qui a tué Sankara ? Retour sur une affaire d’État, 30 ans après… (sur le site de "Jeune Afrique")

Le 15 octobre 1987, le président burkinabè Thomas Sankara était assassiné avec douze de ses compagnons. Trente ans après, alors que le doute sur le commanditaire plane encore, le souvenir du leader de la révolution du Burkina Faso est toujours présent dans l'esprit de ses proches, comme dans celui de nombreux Burkinabè.

 

Dans la Série Historique Livret N° 17 : Le départ des Missionnaires d'Afrique du Mozambique en 1971 de Frank Nolan M.Afr.

Plus de 20 ans de tentatives de contrôle de l’espace religieux

L’Etat algérien à la reconquête des mosquées...

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le 06.07.17

 

«Dans les années 1990, l’Algérie enterrait ses morts, mais le théâtre du drame se jouait dans la mosquée», c’est ainsi que Abderrahmane Moussaoui, professeur d’anthropologie et de sciences politiques, a résumé les stratégies mises en place par l’Etat pour reprendre le contrôle des mosquées, lors d’une récente conférence au Centre d’études diocésain d’Alger. Explications.

On appellera cela au choix, une «opération de maintien de l’ordre» ou «une tentative désespérée de rattraper le retard». Dès son émergence, la mouvance islamiste, revigorée par les événements d’Octobre 88, fera de la moquée son arrière-base et son quartier général. «A ce titre, certaines mosquées vont jouer les premiers rôles dans la violence qui débute dans les années 90. Leur reprise en main devient une urgence impérieuse pour le pouvoir en place», précise Abderrahmane Moussaoui.

Décidé à l’affronter sur son propre terrain, «le pouvoir» a mis en place une stratégie pour reconquérir les espaces religieux qui leur échappaient. «Le premier objectif du ministère de l’Intérieur du gouvernement Hamrouche, qui a eu à gérer l’après-Octobre 88, souligne Moussaoui, était de reconquérir cet espace. L’enjeu étant de garder le monopole.» D’abord, il fallait récupérer les espaces, déclarant de fait toutes les mosquées propriété de l’Etat. Les premières actions ont eu lieu quelques mois avant les événements d’Octobre. Sentait-on les choses venir ? Un premier décret, manifestement pris dans l’urgence, a en tout cas été promulgué le 13 mars 1988, tentant de contenir ce mouvement.

Tout en rappelant que la mosquée est la maison de Dieu et définissant les pratiques qui devraient s’y dérouler (prière, lecture du Coran et conseils éthiques), il stipule, dans son article 2, que la mosquée construite par l’Etat ou par toute personne est un bien de droit public. Il faut savoir qu’en ce temps-là les petites salles de prière gérées par des privés faisaient leur apparition.

«Selon cet article de loi, dès qu’on construit une mosquée, elle devient la propriété de l’Etat. C’est la raison pour laquelle celles-ci n’étaient jamais achevées. Car une fois finie, elle appartient au wakf. Vous avez donc des mosquées très grandes, bien équipées mais non achevées», fait remarquer Moussaoui.

Néanmoins, cette solution répond à une urgence : il s’agit bien, pour le pouvoir public, d’une bataille pour garder le monopole du champ religieux. D’autres articles précisent les modalités de construction et l’entretien d’une moquée, en soulignant, outre la nécessité d’un permis de construire et autres considérations techniques, que la construction ne peut être entreprise qu’après la constitution d’une association qui en prendra la charge.

Ensuite, le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs lance un plan de «ré-idéoligisation», axant sur la formation des imams selon le rite malékite. Une partie des textes juridiques sera produite au début de 1991. Les textes de loi relatifs à la mosquée au seront publiés dans le Journal officiel le 23 mars 1991, un premier décret exécutif met en place les règles qui constituent la mosquée : sa composition, son fonctionnement et définit sa mission. «Ces textes vont venir rattraper les failles et les erreurs commises en urgence.

Le texte le mieux abouti est promulgué en novembre 1993, c'est un décret exécutif portant statut de la moquée», explique Moussaoui. L’Etat s’attelle à revivifier la Zakat, qui devient par là-même «le nerf de la guerre». Les mosquées principales, conformément aux dispositions, sont considérées comme des pôles d’excellence. A l’instar d’Alger, Oran, Constantine et Batna, toutes les wilayas vont être dotées de pôles d’excellence ayant une grande capacité d’accueil (de près de 10 000 fidèles).

Piquant détail : leurs bibliothèques contiennent ainsi les meilleurs référents malékites et…ibadites. «C’est pour dire que les ibadites ne sont pas nos ennemis, faisant ainsi en sorte d’éviter la fitna et affirmant, par là- même, qu’ils font partie de l’histoire nationale», précise Moussaoui. Ces mosquées symboles se caractérisent par l’assiette foncière qui leur est consacrée et la monumentalisation de leur architecture. L’appellation de la mosquée était également soumise à approbation. «Nommer c’est aussi indiquer l’obédience de la mosquée», souligne-ton. «Le ministère désigne son imam qui en devient le premier responsable.

Le traitement du dossier des imams se fait en coordination avec les services de l’Etat. Une enquête rigoureuse est menée pour connaître les allégeances, les courants et les obédiences», ponctue Moussaoui. Le ministère des Affaires religieuses se dote de cadres d’une nouvelle génération issue de cette réalité-là, qui pouvait mieux s’orienter, contrairement à celle de la «Oumma». Ils pouvaient ainsi, souligne le conférencier, identifier les différents types de salafismes.

 

Et de commenter : «On ne peut pas ne pas penser au diocèse. En 2006, le ministère annonce que les institutions forment près de 1000 imams par an. Des accords auraient été conclus avec la mosquée El Azhar d'Egypte pour le recyclage et la formation des imams déjà en fonction.» L’on veille aussi, lors des concours de «tadjwid», notamment, à ce que les participants récitent le Saint Coran à la manière du «warch», typique de l’islam maghrébin.

Enfin, il restait à reconquérir l’autorité religieuse. Cela commence, pense-t-on, par une harmonisation des réponses de fatwas par une haute institution religieuse, s’appuyant essentiellement sur le rite malékite, pour contrecarrer les différents courants de pensée, qui puisent leurs références en dehors de la République. L’idée est de faire des mosquées un centre de rayonnement culturel, éducatif et religieux. «En parallèle à cette politique de reconquête de mosquées jusque-là contrôlées par des milieux radicaux, il y a toute une autre politique de construction de lieux de culte. Si l’Etat ne prend pas en charge financièrement la construction d’une mosquée, il veille à ce qu’elle soit conforme aux règles édictées».

Malgré ces efforts, l’Etat accuse un retard dans la formation de ses imams. «Différents textes réglementaires avaient déjà commencé à revoir l’organisation de la hiérarchie de la fonction. A la place des anciennes distinctions (imam moumtaz, imam khatib), un nouveau dispositif organise ce corps. Les différents grades sont définis. Au sommet se trouve l’imam professeur, l’imam enseignant de lecture, l’imam moudares et enfin l’imam instituteur.

 

Cette classification verra l’introduction, en 2002, de deux catégories supérieures : l’imam mufti, qui assure la diffusion, et l’imam agréé, qui représente l’autorité du service du culte au niveau de la daïra». «Elles se sont multipliées, les hommes de religion surveillés, manipulés et craints à la fois. Une pierre angulaire de l’architecture sociale, un lieu important du politique. A beaucoup d’égards, c’est la mosquée qui joue le rôle habituellement attribué à l’espace public», précise Moussaoui. Force est de constater néanmoins que malgré tous ces efforts, les mosquées ne sont pas totalement reconquises…
 

Amel Blidi

Mémoires franco-algériennes: la fusillade du 14 juillet 1953 à Paris

Voitures brûlées place de la Nation à Paris, le 15 juillet 1953, au lendemain de la répression d'une manifestation à laquelle participaient des partisans de Messali Hadj, favorables à l'indépendance de l'Algérie.
© AFP
 

On commémorait le jeudi 6 juillet, à Paris une répression sanglante tombée dans l'oubli. Le 14 juillet 1953, la police avait ouvert le feu sur les militants indépendantistes algériens, partisans de Messali Hadj. Une plaque en hommage aux victimes a été inaugurée hier, place de la Nation, en présence des familles des victimes.

Ce 14 juillet 1953, alors que le défilé réunissant militants syndicalistes et militants du Parti communiste -organisé traditionnellement chaque 14 juillet- touchait à sa fin en arrivant place de la Nation, banderoles et pancartes sont d'abord arrachées par la police parisienne. Les manifestants ripostent et la situation dégénère. La police aux ordres de Maurice Papon, alors préfet de police, tire à balles réelles: six Algériens et un syndicaliste français sont tués et 50 personnes sont blessées place de la Nation.

Guy Lurot avait 17 ans lorsque son père, Maurice Lurot, a perdu la vie. « Tous ceux qui sont là, encore vivants, ressentent de l'amertume, raconte-t-il à RFI. Moi je suis fier ! Je suis heureux et triste en même temps. C'est une reconnaissance au bout de 64 ans ! »

 
 
 

Le travail de mémoire de Daniel Kupferstein

Désormais une plaque commémorative témoigne de cet épisode oublié, recouvert par les déchirements de la guerre d'Algérie. C'est seulement en 2014 que l'histoire a refait surface grâce au travail d'enquête du réalisateur Daniel Kupferstein. Un travail de mémoire important qui a donné naissance à un documentaire : Les balles du 14 juillet 1953 (2014).

Pour Catherine Vieu-Charier, adjointe à la mairie de Paris chargée de la Mémoire. ce qui s'est passé là, c'est un crime. « C'est terrible... On a tué des gens qui manifestaient pour la paix et pour l'indépendance. C'était des hommes qui voulaient vivre libres et qui ont été assassinés par la police française... Il fallait tirer de l'oubli les hommes, faire revenir leurs noms pour qu'ils ne soient pas assassinés une deuxième fois ».

Une minute de silence a complété l'hommage à Amar, Abdallah, Larbi, Abdelkader, Mouhoud, Tahar et Maurice.