Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Ensemble, exigeons la libératon d’Ahed Tamimi !
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Ahed-Tamimi
 
 
  Ahed Tamimi, militante palestinienne de 16 ans, risque jusqu’à 10 ans de prison pour une altercation avec des soldats israéliens.

Le 15 décembre dernier, Ahed Tamimi et sa famille manifestent contre la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. La situation prend un tournant dramatique lorsque son cousin de 14 ans, Mohammed, reçoit une balle en caoutchouc dans la tête, tirée à faible distance par un soldat israélien. L’adolescent doit subir une lourde opération chirurgicale.

Plus tard le même jour, Ahed se trouve face à des soldats israéliens entrés dans la cour de sa maison. Une vidéo la montre sans arme, en train de frapper, de pousser et de donner des coups de pied à deux soldats Israéliens portant un équipement de protection.

Alors qu’elle ne représentait aucune menace sérieuse, la jeune fille risque jusqu’à 10 ans de prison, une sanction totalement disproportionnée. Un juge a ordonné sa détention jusqu’à la fin de son procès devant un tribunal militaire.

Cette situation scandaleuse doit cesser.

Ensemble, interpellons le premier ministre Benyamin Netanyahou et exigeons sa libération immédiate !
 
 
JE SIGNE
 
  L’histoire d'Ahed est emblématique du traitement que subisse les enfants palestiniens qui participent à des actions militantes. Israël viole la Convention des droits de l’enfant auquel il est partie, qui stipule notamment que l'emprisonnement des enfants devrait toujours être un dernier recours.

Ahed est l'un des quelque 350 enfants palestiniens actuellement détenus dans les prisons israéliennes. Chaque année, les forces israéliennes arrêtent et poursuivent environ 500 à 700 enfants palestiniens, systématiquement maltraités, soumis à la torture et à d'autres mauvais traitements, en l’absence de leur avocat ou de leur famille.

Merci de votre soutien.
 
 
  sylvie  

Sylvie Brigot-Vilain
Directrice Générale d'Amnesty International
France
signature

 

le 8 février prochain, il nous est proposé d'avoir une veillée de prière et de réflexion contre la traite des êtres humains. Pour en savoir plus, lire la suite

« Chère Ijeawele » : pourquoi faut-il (re)lire le manifeste féministe de Chimamanda Ngozi Adichie en 2018

Logo conversationSara Panata, Centre national de la recherche scientifique (CNRS); Emilie Guitard, Centre national de la recherche scientifique (CNRS), and Laure Assaf, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

L’année 2017 a été marquée par une importante série de revendications féministes et anti-sexistes à travers le monde. Une voix notamment devrait trouver encore plus d’écho en ce début d’année 2018, de par son universalité et les débats qu’elle suscite : celle de l’écrivaine et commentatrice sociopolitique nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

L’auteure qui sera présente à Paris le 25 janvier lors de la 3ᵉ édition de la Nuit des Idées a en effet particulièrement marqué les débats autour des inégalités de genre ces derniers temps, aussi bien par ses romans que par ses essais.

Paru en mars 2017, son dernier ouvrage, Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe est une lettre en réponse à son amie Ijeawele, qui lui demandait conseil afin d’offrir à sa nouvelle-née une éducation féministe. Chimamanda Ngozi Adichie lui (et nous) propose quinze suggestions pour éduquer des filles féministes, qui font de sa lettre un véritable manifeste.

Didactique, le livre ne s’adresse pas aux seuls parents ni à un public exclusivement nigérian. Adichie reprend divers points largement débattus aujourd’hui par les féministes du monde entier. L’universalité de ce petit précis lui fait très vite connaître un succès foudroyant. Mais il essuie aussi différentes critiques, visant particulièrement le féminisme de son auteure : manque de pertinence pour un public africain, regard trop peu intersectionnel, ou encore banalisation de certains débats en faveur de leur médiatisation.

Questionner le féminisme

Vivant entre le Nigéria et les États-Unis, Adichie est avant tout mondialement reconnue comme écrivaine de fiction anglophone (traduite en 30 langues) plusieurs fois primée. Ses récits sont riches en protagonistes nigérianes confrontées à une structure sociale patriarcale. Les multiples facettes de ces personnages féminins démontrent une sensibilité particulière de l’auteure vis-à-vis des inégalités de genre.

Ce n’est cependant qu’en 2013, lors d’une conférence TED, qu’Adichie parle pour la première fois ouvertement de féminisme. Publiée sous forme de court essai, paru en France en 2015 le texte de la conférence connaît un succès international.

La romancière avance à cette occasion sa propre définition du terme : « un homme ou une femme qui reconnaît que “oui, il y a un problème avec le genre aujourd’hui et nous devons faire en sorte de le résoudre, nous devons faire mieux”. Elle pointe aussi du doigt les multiples critiques associées au terme « féministe », au Nigéria comme dans le reste du monde.

Adichie explique ainsi lors de sa conférence, qu’au Nigéria et dans plusieurs pays d’Afrique, ce terme est souvent censé concerner seulement des « femmes malheureuses ». Il est aussi souvent présenté comme incompatible avec une supposée « culture africaine ». Elle suggère donc avec humour de requalifier ce terme : « I would now call myself a Happy African Feminist » (« Je m’appellerai désormais une Féministe Africaine Heureuse »).

Ceci n’est pas sans rappeler des débats plus anciens : peut-on parler de féminisme dans le contexte africain ou ce terme est-il radicalement exogène ? Au Nigéria, ces questions ont été abordées dès les années 1980 par l’association Women In Nigeria (WIN) ; la première à s’être ouvertement définie comme féministe dans le pays.

Pour l’une des pionnières du mouvement, Aisha Imam, il existe une pluralité de féminismes, chacun à restituer dans un contexte et une temporalité propres.

Au-delà du Nigéria, certaines militantes trouvent également le terme inapproprié : il serait trop représentatif d’un mouvement blanc, occidental et de classe moyenne-supérieure. Elles lui préfèrent l’expression « féminisme intersectionnel » popularisé par l’universitaire et avocate américaine Kimberlé Crenshaw.

Professeur Kimberle Crenshaw interviewée pour l’émission de Laura Flanders en 2017.
Wikimedia/Laura Flanders Show, CC BY-ND

Adichie reste cependant attachée au terme féminisme qu’elle juge « plus facile » une fois débarrassé de ses connotations négatives.

D’autres rétorquent : ne serait-il pas mieux d’utiliser un terme plus inclusif comme « humanisme » ? Parler d’humanisme « serait malhonnête », répond Adichie : cela nierait les inégalités subies spécifiquement par les femmes.

En prenant donc ce terme comme base de sa réflexion, l’auteure propose quinze suggestions pour pousser la réflexion (et l’action) plus loin. Revenons sur quelques fondamentaux.

Déconstruire les rôles de genre

La déconstruction des assignations de genre constitue l’un des fils rouges du manifeste. Les réflexions qu’Adichie propose ne sont pas novatrices, mais demeurent toujours d’actualité.

Pour l’auteure, la question doit être traitée dès l’enfance. Faisant écho aux travaux de sociologues américains, elle observe comment les magasins de jouets proposent des objets qui persistent à assigner garçons et filles à des rôles respectivement « actifs » ou « passifs », les cantonnant pour les uns à la sphère publique et pour les autres à la sphère domestique.

Cette assignation se poursuit ensuite dans la vie de couple, où la femme est le plus fréquemment chargée de toutes les activités propres à la maison.

La « Rosification » (« Pinkification ») des biens de consommation – y compris des jouets – censés attirer une clientèle féminine s’est particulièrement développée aux Etats-Unis depuis les années 50.
Wikimedia/Oxfordian Kissuth, CC BY-ND

Elle note que toutes ces « capacités domestiques » sont cependant acquises et peuvent être également maîtrisées par les hommes, discours qui avait déjà été développé dans des termes très proches au Nigéria par l’association militante WIN.

Certes le débat est ancien, mais désormais la dénonciation de la « domestication » des femmes émerge sous d’autres formes, moins visibles mais tout aussi cruciales. La dessinatrice française Emma s’en était ainsi fait l’écho fin 2017, en illustrant le concept de « charge mentale ».

Après « Fallait demander », le tome 2 « Un autre regard » de la bédéiste Emma est sorti le 9 novembre.
Massot Editions

Par « charge mentale », on désigne le devoir tacitement attendu des femmes d’avoir à organiser la vie de la maison. Elles se chargent ainsi d’un travail invisible dont l’exécution est parfois partagée, mais dont l’organisation leur reste dévolue. Les femmes sont alors à la fois « chefs de projet », tout en en restant en grande partie les principales exécutantes.

Se penser au-delà de la maternité

Dans son manifeste, Adichie traite également de la maternité, qu’elle refuse de glorifier. Elle invite les mères à ne jamais se définir exclusivement en tant que telles et à mieux considérer les bénéfices qu’apporte le travail dans la vie d’une femme. Au lieu de s’excuser pour le temps que cela « prend » sur celui consacré aux enfants, une mère devrait considérer les valeurs qu’elle leur transmet en travaillant. Il convient également, selon l’auteure, de revoir l’argument de la « tradition », toujours mobilisé dans l’opposition entre travail et maternité.

Dans le contexte nigérian par exemple, les femmes ont toujours travaillé hors de leur foyer. Ce ne serait que sous l’administration britannique qu’une stricte « genrisation » de divers secteurs aurait été introduite, dans le cadre d’un projet colonial consistant à forger des femmes au foyer – entièrement consacrées aux soins de la maison, du mari et des enfants.

Si certaines femmes de l’élite ont progressivement intégré – de gré ou de force – cette norme, la majorité cumulent au final tâches du quotidien, maternité et travail. Le conseil d’Adichie s’adresse donc à la classe nigériane moyenne-supérieure mais aussi, et surtout, à un public occidental. La question ne cesse de fait d’agiter les ménages occidentaux.

La pensée d’Adichie reprend ici, avec plus de nuances, celles d’autres écrivaines nigérianes qui ont été plus radicales, telles que Buchi Emecheta, qui porte un regard très critique sur enfants et maternité.

« Les enfants sont une bénédiction » (« The Joys of Motherhood »), de l’écrivaine Buchi Emecheta, paraît en 1979.
Université Ouest Michigan

Contrer la dépendance économique

Ce petit précis d’éducation féministe invite aussi les femmes à reprendre en main leur liberté financière. Bien que les Nigérianes travaillent et possèdent leur propre argent, ce sont souvent les hommes qui se chargent des dépenses du couple et de celles du foyer, réduisant les femmes à une situation de dépendance.

De manière très caricaturale, les deux géants de l’afro-pop, les Lagosiens Davido et Wizkid, illustrent ce phénomène en dépeignant souvent dans leurs chansons des femmes vénales en quête d’argent en échange d’amour.

« Dans une relation saine, c’est le rôle de celui qui peut assurer d’assurer », martèle Adichie. Casser cette association entre hommes et subventions économiques permettrait aux femmes de négocier leur place dans la société avec une pleine capacité d’action.

Assumer son corps

L’auteure nigériane insiste par ailleurs sur le physique et l’image des femmes, communément soumise aux critiques, souvent par les femmes elles-mêmes.

Il ne faut pas confondre moralité et tenue vestimentaire et il convient de laisser les filles s’habiller comment elles le désirent assène-t-elle dans son manifeste. Une partie de son argumentation repose sur l’exemple des cheveux dans le contexte nigérian.

Adichie dénonce la nécessité d’avoir des cheveux « domptés », défrisés ou tressés qui est parfois une cause de souffrance et une perte de temps. Ce faisant, elle s’inscrit dans le mouvement Nappy ou dans la lignée d’autres collectifs afro-féministes. Elle invite les femmes à adopter d’autres canons de beauté que ceux qui dominent dans les sociétés occidentales. Pour cette raison, elle choisit d’ailleurs de mettre en valeur la création nigériane notamment via une campagne sur Instagram.

 

Être sans concessions

Le manifeste appelle aussi à rejeter un « féminisme lite » qui promeut l’idée que les hommes seraient différents et naturellement supérieurs aux femmes.

Être sans concession ne signifie pas pour autant nier l’esthétique qui nous plaît, rappelle l’auteure. Adichie souligne ainsi la façon dont, plus jeune, elle avait intériorisé les « leçons de genre », la poussant à suivre un style « peu féminin » pour se sentir respectée, suivant par là les injonctions de certaines féministes à rejeter « mode, maquillage et épilation » dans l’optique de se rapprocher de l’univers esthétique masculin.

Elle évoque ainsi, de façon quelque peu simpliste, les discours des féministes différentialistes des années 1970 qui revendiquaient une égalité adaptée « aux besoins propres et divers des femmes ».

Cette tendance se situait en opposition au féminisme universaliste de l’époque, qui souhaitait au contraire briser toute assignation de genre pour déconstruire chaque source d’oppression des femmes et renverser les rapports sociaux.

Gare à la simplification

On peut dès lors se demander si Adichie n’alimente pas ce même féminisme allégé en cherchant à simplifier et « massifier » un discours et des batailles complexes à travers différents supports (comme la musique ou la mode), au risque de les vider de leur portée révolutionnaire.

Qu’il s’agisse de Beyoncé reproduisant dans le morceau Flawless une partie du plaidoyer d’Adichie « We should all be feminists » ou du T-shirt créé pour Dior arborant le même slogan et porté par Rihanna, les propos féministe de la romancière semblent très souvent orientés d’abord vers le marketing et bien loin d’éventuelles politiques concrètes visant à comprendre et niveler les inégalités entre les sexes.

Adichie affirme ne pas se considérer comme une activiste féministe ni comme une experte du sujet. Mais le succès de ses écrits en fait désormais une icône en la matière. Ceci devrait aujourd’hui l’inciter à être plus vigilante et mieux se positionner vis-à-vis d’autres débats féministes, contemporains ou plus anciens.

Elle respecterait ainsi ses propres injonctions à se méfier des « danger(s) d’une histoire unique » sur le féminisme, tout en évitant de stigmatiser certaines positions féministes au profit de discours plus médiatiques.


Ce billet est publié en collaboration avec le blog de la revue Terrain.

Sara Panata, Doctorante Histoire, Université Paris 1 et Institut français de recherche en Afrique, Centre national de la recherche scientifique (CNRS); Emilie Guitard, Researcher in Social Anthropology, Deputy Director of Institut français de recherche en Afrique, Nigeria, Centre national de la recherche scientifique (CNRS), and Laure Assaf, Chercheuse en anthropologie, ATER à l’EHESS, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

This article was originally published on The Conversation. Read the original article.

Crise des migrants : 1400 personnes
secourues en Méditerranée

Par Jeune Afrique avec AFP
 
 

Onze opérations distinctes ont été nécessaires ce mardi pour secourir les passagers des différentes embarcations qui tentaient de rejoindre l'Europe depuis l'Afrique du Nord. Parmi les rescapés : au moins 175 femmes et 75 enfants.

C’est un nouveau drame en Méditerranée. Près de 1 400 migrants ont été secourus mardi 16 janvier et deux corps sans vie ont été retrouvés à bord d’embarcations qui tentaient la traversée depuis l’Afrique du Nord, selon une annonce des gardes-côtes italiens.

« Frôlé la mort »

Onze opérations de sauvetage distinctes ont été menées par des bateaux appartenant aux gardes-côtes, à la police financière, à la mission Sophia de l’UE, qui lutte contre les trafics en mer, et à l’ONG espagnole Proactiva, pour porter secours aux passagers de sept canots, trois petits bateaux en bois et un plus grand.

Une vision insupportable. Un enfant mort, et il pourrait y en avoir beaucoup plus

Des sauveteurs espagnols ont précisé être venus en aide à un bateau surchargé, transportant environ 400 personnes, dans des conditions extrêmement dangereuses, et qu’un des corps retrouvé était celui d’un enfant. Proactiva a indiqué que parmi les personnes secourues, qui avaient « frôlé la mort », se trouvaient 175 femmes et 75 enfants.

« Une vision insupportable. Un enfant mort, et il pourrait y en avoir beaucoup plus. Encore plus de corps innocents pour le bilan mortel honteux », a écrit cette ONG sur Twitter en espagnol.

Le ministère italien de l’Intérieur a indiqué que près de 1 000 personnes secourues avaient été transportées en Italie depuis le début de l’année, soit 60 % de moins que pendant la même période de l’année précédente.

Accord controversé

L’Italie, soutenue par l’UE, a conclu l’été dernier un accord polémique avec les forces libyennes, visant à empêcher les migrants de prendre la mer et intercepter les bateaux prenant la route de l’Europe, notamment en formant les garde-côtes libyens.

Dans une lettre ouverte adressée aux gouvernements européens, l’ONG Médecins sans Frontières (MSF) avait critiqué en septembre la politique migratoire de l’UE accusée d’« alimenter un système criminel » en Libye.


>>> A lire – Migrants : la coopération UE-Libye est « inhumaine », selon l’ONU


La diffusion le 14 novembre d’un documentaire choc de la chaîne de télévision américaine CNN, qui a démontré l’existence d’un marché aux esclaves près de Tripoli, avait causé l’indignation de la communauté internationale.

Selon un bilan de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) daté de la fin du mois d’octobre 2017, près de 150 000 migrants sont arrivés en Europe par la Méditerranée entre janvier et octobre cette année, et au moins 2 826 autres sont morts ou disparus en mer.

Les chiffres diffusés par l’agence pour les réfugiés de l’ONU font état de 173 personnes mortes ayant trouvé la mort en tentant la traversée depuis l’Afrique du Nord depuis début 2018.

L’impunité, le prix à payer pour la démocratie en Afrique ? (The Conversation)

Logo conversationChristian Bouquet, Université Bordeaux Montaigne

La mise à l’écart en douceur de Robert Mugabe au Zimbabwe, en novembre 2017, a réactivé le débat sur l’impunité en Afrique et sur son rapport avec l’avancée du processus démocratique. Blanchir les dictateurs de tous les crimes qu’ils ont commis est-il le prix à payer pour retrouver la paix civile et pour revenir à la démocratie ?

En effet, le cas de Mugabe n’est pas isolé. Avant lui, le départ de Yahya Jammeh en Gambie (janvier 2017) avait été négocié contre la promesse de le laisser quitter son pays sans être inquiété. À cette occasion, l’autocrate déchu avait choisi avec soin son pays d’accueil (la Guinée équatoriale) dont il pouvait être presque sûr que le président – l’autre dictateur Obiang Nguema – ne lui jouerait pas le mauvais tour du Nigeria à l’encontre de Charles Taylor.

On se souvient en effet que l’ancien chef d’État du Liberia avait lui aussi accepté de partir en 2003, moyennant l’impunité et l’exil à Lagos (Nigeria). Mais, sous la pression de la communauté internationale, le président nigérian Olusegun Obasanjo a finalement accepté, en 2006, la demande d’extradition du criminel de guerre, d’abord vers la Sierra Leone, théâtre de ses exactions les plus graves, puis vers la Cour pénale internationale de La Haye.

Amnisties informelles

L’impunité n’est donc pas forcément éternelle. Parfois, elle est même très passagère. Ainsi l’ex-président malgache Marc Ravalomanana, « démissionnaire » en mars 2009, exilé en Afrique du Sud puis condamné (par contumace) aux travaux forcés à perpétuité en août 2010 pour la mort d’une trentaine de partisans de son rival d’alors Andry Rajoelina, avait vu son mandat d’arrêt annulé pendant quelques heures en janvier 2012, au moment où il s’apprêtait à revenir dans la Grande Île. Le prix à payer pour la réconciliation nationale avait sans doute paru trop élevé à l’époque, mais l’homme est néanmoins de retour aujourd’hui dans son pays et semble bénéficier d’une « amnistie informelle ».

Les ex-présidents ne sont pas les seuls bénéficiaires de telles largesses. Parfois des criminels de guerre notoires sont tellement au-dessus des lois qu’ils peuvent encore être candidats à la magistrature suprême. C’est le cas du Libérien Prince Johnson, qu’une vidéo de 1995 le montrant en train de boire une bière pendant que ses hommes coupaient les oreilles de l’ancien président Samuel Doe a rendu tristement célèbre.

Malgré les milliers d’autres morts dont il est probablement responsable, il a reconquis une forme de respectabilité en se faisant élire sénateur du Comté de Nimba en 2005. Puis il est arrivé troisième au 1er tour de la présidentielle de 2011, avec 12 % des suffrages. Toujours dans la course, il a encore recueilli 9 % des voix lors du scrutin présidentiel de 2017, et il a largement contribué à la victoire de George Weah. Au Libéria, ce n’est pas tant la réconciliation qui est recherchée que la paix civile, car l’ancien chef de guerre dispose encore dans son fief frontalier de la Côte d’Ivoire et de la Guinée de miliciens et d’armes susceptibles de faire replonger le pays dans le cauchemar des années 1990.

On pourrait également citer des présidents en exercice qui échappent à la justice – nationale ou internationale – justement parce qu’ils sont présidents mais aussi parce que l’opinion publique et la communauté internationale semblent avoir peur du désordre qui pourrait s’installer si on leur appliquait la loi. Ainsi Jacob Zuma parvient-il à échapper aux lourdes charges qui pèsent contre lui grâce à l’immunité qui le protège et au soutien de ses amis politiques.

Quant au dirigeant du Soudan Omar el-Bechir, passible de la Cour pénale internationale, il continue à circuler tranquillement en dehors de son pays sans être inquiété par les mandats d’arrêt lancés contre lui en 2009 et 2010 pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour.

L’impunité par contumace

Pour autant, l’impunité n’est pas forcément la règle, même si elle est largement répandue dans toutes les strates de la société dans bon nombre d’États africains. Ainsi le dictateur sanguinaire éthiopien Mengistu Hailé Mariam, réfugié en 1991 au Zimbabwe, a été condamné à mort par contumace en 2008.

De même, les autocrates chassés par les printemps arabes de 2011 ont-ils été poursuivis par la justice. En Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali a été sous le coup de 93 chefs d’inculpation dont 35 relevant de tribunaux militaires. À l’issue d’une douzaine de procès, il a été condamné par contumace à plusieurs peines de réclusion à perpétuité. Il est réfugié en Arabie saoudite, qui refuse de l’extrader.

En Égypte, Hosni Moubarak a risqué la peine de mort par pendaison lors d’un long procès ouvert le 2 août 2011, mais il a finalement été acquitté et libéré le 2 mars 2017 sous réserve de ne pas quitter le territoire.

Quelques mois plus tard, l’ex-président malien Amadou Toumani Touré, renversé le 22 mars 2012 et réfugié au Sénégal, était sous la menace d’une inculpation pour haute trahison avant qu’une commission ad hoc le blanchisse de ces charges en 2016. Il vient d’ailleurs de regagner Bamako.

En Centrafrique, l’ex-président François Bozizé, renversé le 24 mars 2013 et réfugié au Cameroun, est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la justice de son pays le 29 mai 2013. Au Burkina-Faso, Blaise Compaoré, chassé du pouvoir le 31 octobre 2014 et réfugié en Côte d’Ivoire, est également visé par 18 mandats d’arrêt internationaux, dont certains ont été levés mais d’autres courent toujours, notamment pour la répression de l’insurrection populaire qui a provoqué sa chute.

Laurent Gbagbo, un cas particulier

Ailleurs, le cas de Laurent Gbagbo est particulier : il a été arrêté en avril 2011 et transféré sept mois plus tard (30 novembre 2011) à la Cour pénale internationale de La Haye. Nul doute que, lors des négociations ayant précédé son départ du Palais présidentiel d’Abidjan, l’argument de l’impunité (et de l’exfiltration) a pu être avancé par l’une ou l’autre des parties. Mais le pays était en situation de guerre civile larvée, les institutions – et singulièrement les tribunaux – étaient sinistrées et le régime d’Alassane Ouattara ne disposait pas des moyens pour faire face à un éventuel procès sur place.

Ainsi donc, à l’exception d’Hosni Moubarak et de Laurent Gbagbo, tous ces acteurs ont bénéficié d’une impunité de facto puisqu’ils sont en exil dans des pays qui refusent de les extrader. Ces refus sont souvent hypocritement justifiés par le manque de confiance dans les institutions judiciaires nationales concernées.

Par quelle justice passer ?

Alors pourquoi ne pas déléguer cette fonction à une instance internationale, comme ce fut le cas pour Hissène Habré, jugé au Sénégal à partir de juillet 2015 par les Chambres africaines extraordinaires et condamné à la réclusion à perpétuité. En effet, cette juridiction originale créée par l’Union africaine semble être la bonne réponse à la défiance généralement ressentie à l’endroit à la fois des justices nationales et de la Cour pénale internationale. Cette dernière est, d’ailleurs, de plus en plus mal supportée par les États africains qui l’accusent de ne s’en prendre qu’aux autocrates du continent.

En fait, la CPI a souvent du mal à instruire correctement ses procès, comme on a pu le voir en décembre 2014 lorsqu’elle a dû abandonner les charges contre le président Uhuru Kenyatta, pourtant accusé de crimes contre l’humanité, mais qui avait profité du pouvoir qu’il exerçait (à nouveau) pour purger son dossier des preuves attendues.

Cet exemple illustre bien le cœur du problème : comment faire prévaloir une justice réellement indépendante dans des pays où les libertés sont muselées ? Quels magistrats, quels tribunaux, quelles cours ont le courage d’affronter des pouvoirs qui, s’ils ne sont pas tous autocratiques, sont souvent complices des dictateurs ? On dispose de très peu d’exemples.

En juin 2015, la justice sud-africaine avait instruit la requête d’une ONG demandant que soient exécutés les mandats d’arrêt internationaux qui visaient le président soudanais Omar el-Bechir, de manière à ce qu’il soit bloqué à Pretoria lors de son passage dans le pays. Mais cette audace n’avait pas duré plus de 24 heures. Plus courageuse, la présidente du Malawi (Joyce Banda) avait préféré renoncer à accueillir le sommet de l’Union africaine en 2012 plutôt que d’y voir ce même Omar El-Bechir.

Alors Robert Mugabe, Yahya Jammeh, Prince Johnson, François Bozizé, Blaise Compaoré, Mengistu Hailé Mariam, Omar el-Bechir, Uhuru Kenyatta et quelques autres pourront sans doute encore vivre des jours tranquilles à l’abri des sanctions, au mépris des souffrances qu’ils ont infligées ou infligent encore à leurs peuples. À ceux-ci de dire si l’impunité – réelle ou de facto – dont bénéficient ces autocrates leur a procuré un mieux-vivre au quotidien.

Encore faudrait-il que ce quotidien ne soit pas lui-même marqué par une impunité généralisée, à tous les échelons de la société, faisant ainsi oublier la notion même de justice.

Christian Bouquet, Chercheur au LAM (Sciences-Po Bordeaux), professeur émérite de géographie politique, Université Bordeaux Montaigne

This article was originally published on The Conversation. Read the original article.