Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Mali: six mois de prison pour le directeur
de publication du journal Le Pays

Capture d'écran de la page d'accueil du site du journal Le Pays.
© Capture d'écran

Le tribunal correctionnel de la Commune 5 de Bamako a rendu, jeudi 27 décembre, son verdict dans l'affaire qui oppose le directeur de publication de l'hebdomadaire Le Pays, Boubacar Yalkouyé, à la présidente de la Cour constitutionnelle du Mali qui a porté plainte pour « diffamation » au nom de l'institution qu'elle dirige. Le journaliste a été condamné à six mois de prison, dont deux avec sursis. Ses avocats ont annoncé leur intention de faire appel.

A la barre, Boubacar Yalkouyé, drapé dans un boubou de couleur beige, écoute  silencieusement la présidente du tribunal prononcer le verdict. Le journaliste, qui se dit décidé à se battre, est sorti libre du tribunal, aucun mandat n’ayant été décerné par la juge.

L’affaire commence peu après la dernière présidentielle. L’hebdomadaire Le Pays affirme que 900 millions de francs CFA auraient été déposés sur la table pour corrompre les membres de la Cour constitutionnelle afin de valider l’élection d’un des 24 candidats de l’époque, Ibrahim Boubacar Keïta.

La présidente de la Cour porte plainte pour diffamation. Le tribunal est saisi, il demande au journaliste ses sources. Il refuse. Débat contradictoire. Les avocats de la partie adverse l’enfoncent, ceux de la défense soulèvent des exceptions et le défendent.

Après le verdict, la présidente de la Cour, dans un communiqué adressé aux journalistes, salue la condamnation du directeur de publication de l’hebdomadaire Le Pays.

De son côté, Reporters sans frontières parle d’une sanction « complètement disproportionnée ».

Yézidis: Nadia Murad reçue par le pape François (ZENIT)

Nadia Murad, Prix Nobel de la paix, survivante et témoin du génocide des Yézidis par Daech,
a été reçue par le pape François au Vatican, ce jeudi 20 décembre 2018, indique le Saint-Siège.

         Nadia Murad, 20 déc. 2018 © Vatican Media

Nadia Murad, 20 déc. 2018 © Vatican Media

Nobel de la Paix 2018 et Prix Sakharov 2016

Il s’agit d’une visite privée qui ne fait donc pas l’objet d’un communiqué spécifique du Vatican.

Elle est lauréate du prix Nobel de la paix 2018 avec Denis Mukwege, pour leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre.

Elle a publié en français son livre Pour que je sois la dernière, en février dernier, chez Fayard.
Elle a offert son livre au pape François.[…]

Agée de 25 ans, Nadia Murad a décrit, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, lors de sa première session consacrée à la traite des personnes le 16 décembre 2016, comment elle et d’autres Yézidis, une minorité religieuse, ont été raflés en Iraq en 2014. Elle a raconté les meurtres d’hommes et de jeunes garçons commis de sang-froid par les combattants de Daech.
Elle a elle-même fait l’objet de graves sévices et elle a été achetée et vendue plusieurs fois.[…]

Les Yézidis sont une ethnie kurde de 4 000 ans d’histoire, professant un monothéisme qui serait issu d’anciennes croyances kurdes, peut être d’origine iranienne, mais avec des éléments de l’islam sunnite et du soufisme.

Nadia Murad et Lamya Aji Bachar ont reçu ensemble, le 13 décembre 2016, le prix Sakharov, au Parlement européen, pour les défenseurs des droits de l’homme.

Elles ont dénoncé, dans L’Osservatore Romano – qui n’hésitait pas employer le mot de génocide -, le fait qu’encore « trois mille jeunes Yézidies ont été réduites en esclavage ». Elles attendent de  la communauté internationale « la création de zones protégées pour un demi-million de Yézidis qui, autrement, vont mourir ou arriver en Europe». Elles attendent aussi un arrêt de la Cour pénale internationale sur les « crimes contre l’humanité » commis par Daesh.[…]

Lire: Yézidis: Nadia Murad reçue par le pape François – ZENIT-Français, Anita Bourdin, 20.12.18.

Faut-il rendre les objets d’art aux anciennes colonies ? (EuroTopics)

Le président français Emmanuel Macron a promis de restituer des œuvres d’art aux anciennes colonies africaines. Près de 90.000 objets exposés dans des musées français pourraient être concernés. Au Royaume-Uni,en Allemagne et en Belgique,la nécessité de restituer des œuvres d’art spoliés pendant la période coloniale fait également l’objet de débats. Les commentateurs se montrent sceptiques.

             Des statues en provenance de l'actuel Bénin exposées au musée du quai Branly à Paris. (© picture-alliance/dpa)

Des statues en provenance de l’actuel Bénin exposées au musée du quai Branly à Paris. (© picture-alliance/dpa)

Privilégier la coopération à l’esprit de revanche – La Croix (FR)

Renvoyer les œuvres d’art dans leurs pays d’origine n’est pas suffisant,met en garde La Croix : «Pour répondre à cette attente [des pays africains],il faut que des conditions pratiques soient réunies.En particulier l’existence d’institutions bien équipées pour conserver de telles collections.Il y aura là un beau sujet de coopération Nord-Sud entre musées.Plus largement,souhaitons que l’esprit présidant à de telles opérations soit celui d’une mise en commun plutôt que d’une revanche.L’arrivée de la statuaire africaine en Europe au XIXe siècle a représenté un formidable enrichissement de la sensibilité artistique de ce continent.Il a fait naître de nouveaux courants dans la sculpture,la peinture,le design… Cette mémoire-là ne doit pas être niée mais au contraire partagée.»

Guillaume GoubertAccéder à l’article originalL

Les trésors sont mieux protégés en Europe – The Times (GB)

Mieux vaut prêter les œuvres d’art provenant d’anciennes colonies aux musées de ces pays plutôt que de les leur restituer,explique The Times : «Le fait qu’un pays a été pillé par un autre ne doit pas être célébré en exposant ses trésors.Mais qui peut finalement affirmer avec certitude quelles œuvres ont été acquises ou troquées en toute légalité,et lesquelles ont été spoliées ? Les objets exposés dans les musées ont souvent des cheminements incomplets et déroutants.Ils arrivent rarement avec des reçus.La meilleure solution est de prêter les objets à leurs pays d’origine tout en les conservant dans des musées établis où ils pourront être protégés et admirés par des millions de personnes.»

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Les œuvres n’appartiennent pas à un seul peuple – Le Temps (CH)

L’initiative d’Emmanuel Macron de restituer des objets d’art pourrait déclencher un processus dangereux,met en garde la chroniqueuse Marie-Hélène Miauton dans Le Temps : «En allant au bout de cette logique,chaque pays détiendra essentiellement les œuvres de ses propres artistes et de sa propre culture,afin de n’en spolier aucune autre.Si cela devait arriver,le Louvre,le British Museum et bien d’autres encore pourraient partiellement fermer.Quelle incroyable perte ! Quelle réduction de l’offre artistique dans toute son universalité ! Quelle conception réductrice de l’art n’appartenant qu’au peuple qui l’a conçu,au lieu d’être à l’humanité tout entière !»

Marie-Hélène MiautonAccéder à l’article original

Mariages d’enfants au Mali et au Niger, comment les comprendre? (T.C.)

En 2014, le nombre de femmes mariées avant 18 ans est estimé à 700 millions, et plus d’une sur trois l’a été avant l’âge de 15 ans. La majorité des mariages précoces (MP) ont lieu dans les pays en développement.

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Jeune fille hausa, prise en novembre 2007, dans un village près de Maradi, Niger. L’Afrique de l’Ouest est la région du monde où la prévalence de mariages précoces est la plus élevée. Eric Haglund/Flickr, CC BY-ND

Aïssa Diarra, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Mariages d’enfants au Mali et au Niger, comment les comprendre ?

« Musulmans et musulmanes du Niger, les lâches promoteurs du « sexe pour tous » ayant rompu la fragile trêve, les associations islamiques se sentent en droit d’informer et de mobiliser les musulmans. »

Cet extrait est issu d’une « Déclaration des associations islamiques contre la dégradation des mœurs et l’introduction de l’éducation sexuelle à l’école », publiée le 25 mars 2017 sur le site Niger Inter. Ces organisations prônent que cette « éducation » favoriserait une trop grande liberté sexuelle, contraire aux mœurs, pratiques religieuses et serait par ailleurs fomentée par des agents étrangers. En même temps, ces associations s’opposent avec véhémence aux projets de loi interdisant « le mariage des filles de nos villes et villages avant l’âge de 18 ans ». Comment comprendre ces positions à première vue contradictoires ?

En 2014, le nombre de femmes mariées avant 18 ans est estimé à 700 millions, et plus d’une sur trois l’a été avant l’âge de 15 ans. La majorité des mariages précoces (MP) ont lieu dans les pays en développement.

L’Afrique de l’Ouest est la région du monde où la prévalence est la plus élevée. Parmi les 10 pays enregistrant les taux les plus élevés de MP, la moitié se situe dans cette région. Le Niger et le Mali sont les plus concernés avec une prévalence respectivement de 77 % et 61 % de MP.

Cartographie des mariages précoces dans la région du Sahel. Woman Stats, Author provided

Notre recherche au Mali et au Niger, réalisée en 2016 et 2017, a porté sur les causes profondes qui expliquent la persistance du mariage précoce. Pourquoi et comment le mariage précoce est-il pratiqué et pourquoi persiste-t-il dans certaines régions malgré les multiples projets mis en œuvre pour y mettre fin ?

Une méthodologie mixte d’enquête combinant approches qualitative et quantitative a réuni des chercheurs des deux pays aux profils divers pour une analyse comparative menée sur la base de quatre approches disciplinaires : socio-anthropologie du développement, anthropologie de la santé, sciences de l’éducation, sciences juridiques.

Nos résultats sur le Niger publiés dans le rapport Filles pas épouses et le Mali reviennent sur les facteurs couramment pointés du doigt, mais en développant des aspects sous-jacents et des causes profondes non analysées habituellement et non prises en compte par les pouvoirs publics et les ONG intervenant sur ces questions.

Le mariage précoce comme alternative

Les normes sociales locales au Niger comme au Mali influencent largement les logiques d’acteurs mobilisées dans les trajectoires matrimoniales des adolescentes. Dès la puberté, une fille non mariée est considérée comme une célibataire pour laquelle un conjoint est souhaitable, et passé 15 ans cette situation est perçue comme constituant un problème. Durant l’adolescence, la principale crainte des parents est que leur fille puisse devenir enceinte hors mariage. En effet, l’idéal de virginité est loin d’être réalisé dans la pratique.

La présence d’« enfants naturels » dans les familles est perçue comme une grande honte, d’autant plus que la honte est un régulateur social majeur, lié au regard des proches.

Le terme de « bâtard » reste une injure grave. En même temps, l’avortement est moralement condamné, en particulier en raison de l’idéologie religieuse dominante, l’islam.

Il en résulte que plus une adolescente est mariée tôt, plus le risque d’une grossesse hors mariage s’éloigne. Face aux difficultés économiques mais aussi morales de prise en charge d’une fille mère et ses enfants au sein du foyer familial, le mariage apparaît comme la meilleure solution aux yeux des parents.

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Un choix pour de nombreuses jeunes femmes

Mais il faut souligner que c’est aussi souvent un choix des adolescentes elles-mêmes : au Niger par exemple, d’après les rapports cités plus haut, 56 % des femmes mariées avant 18 ans déclarent que c’était leur choix personnel.

La honte suscitée par une grossesse hors mariage vaut aussi pour les adolescentes (qui risquent d’être bannies par leur famille). Les garçons quant à eux, ne subissent pas autant cette pression sociale.

En outre, le statut de femme mariée apparaît comme une promotion dès l’enfance, le mariage devient un idéal pour les filles (comme le montrent divers jeux de petites filles)

Par ailleurs, le faible niveau et l’échec scolaire favorisent la décision du mariage précoce. Sur un effectif total de 916 femmes mariées précocement au Mali, 366 ont dû quitter l’école, tandis que 294 n’ont jamais été à l’école.

Le mariage précoce est un facteur de rupture scolaire mais aussi une conséquence de la faillite du système éducatif. L’école qui devrait en principe être un facteur d’émancipation n’est plus perçue comme un ascenseur social pour nombre de jeunes générations et de parents, elle est aujourd’hui d’une qualité déplorable et synonyme d’échec. On observe alors un cercle vicieux où la défaillance de l’école et les minces chances d’emploi qu’elle offre à terme favorisent le mariage précoce qui à son tour contribue à la déscolarisation des filles.

En outre, l’école accroît aux yeux des parents les risques de comportements prohibés par les communautés : mixité, harcèlement sexuel, y compris par des enseignants. Le mariage précoce apparaît alors comme une alternative positive.

La résistance à « un impérialisme occidental »

La résistance se manifeste surtout à travers les discours, comme en témoignent ces extraits d’entretiens :

« Dieu nous a fait le choix, nous devons le suivre… Nous devons suivre le prophète comme modèle, mais aujourd’hui, les organismes et certains oulémas sont en train de lutter contre le soit-disant mariage précoce, alors que beaucoup de filles de 13 ans tombent enceintes hors mariage. De ce fait, on a commis un péché ». (Leaders religieux, commune I de Niamey, Niger.)

« Je suis convaincu que s’il y avait eu le référendum, les Maliens allaient boycotter le code. Je suis convaincu aussi que les Maliens ne sont pas contre les mariages précoces. » (Coordinateur des chefs de village, région de Kayes, Mali)

Comme le soulignent ces discours, collectés en 2017, issus des rapports de terrain (cités plus haut) et dont la synthèse sera bientôt publiée dans Etudes & Travaux du Lasdel, certaines communautés musulmanes vont ainsi à l’encontre des politiques de populations (espacement des naissances, planning familial) car elles sont influencées par certaines prescriptions coraniques et le poids croissant de l’idéologie salafiste.

Des pressions agressives, sur un ton extrêmement virulent, ont été exercées sur les élites politiques et ont parfois réussi à infléchir les positions gouvernementales. Au Niger le projet du code de la famille et du statut de la personne n’a jamais pu être adopté, et le projet de loi sur la scolarisation de la fille, incluant un module sur l’éducation sexuelle dans les programmes de l’enseignement secondaire, ont été retirés par le gouvernement en 2014, à l’origine de ces projets, face à la mobilisation islamiste qui avait ébranlé sa propre majorité à l’Assemblée nationale. Par la suite, le gouvernement a adopté comme stratégie la dilution du programme d’éducation sexuelle dans deux autres programmes au secondaire (économie familiale et science de la vie et de la terre).

Au Mali, sous la pression de certains courants religieux musulmans, un nouveau code de la famille a été adopté en 2011, en nette régression sur le statut de la femme et de la fille par rapport à l’ancien.

Mais l’opposition des conservateurs islamistes est aussi une réaction à ce qu’ils considèrent comme un impérialisme culturel comme le témoignent ces propos collectés lors d’une étude sur les politiques de population au Niger (rapport à paraître dans Etudes & Travaux :

« On ne nous imposera pas une vision occidentale de la famille ». (Leader de groupe islamique, Tchadoua, Niger) ;

« les politiques de populations au Niger ne correspondent pas à la foi des Nigériens » (Leader religieux, Radio Anfani Niamey, Niger).

Cet argument rencontre un fort écho au sein des populations, comme en témoigne cette une commerçante rencontrée à Niamey (Niger) :

« Les blancs n’aiment pas qu’on ait beaucoup d’enfants parce que quand on a beaucoup d’enfants, ils n’auront pas notre richesse. C’est une façon de limiter les naissances, c’est Allah qui amène la maladie et c’est Allah qui amène la santé, les blancs nous considèrent comme des animaux. »

Les politiques de contrôle de la natalité sont en effet promues par l’Occident (États ou ONG, souvent chrétiennes) et apparaissent comme méprisantes pour les valeurs identitaires africaines, qui considèrent la fertilité comme une valeur, et une nombreuse progéniture comme une richesse et l’assurance d’être pris en charge pour ses vieux jours.

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Une lourde incompréhension quant à l’âge

Les politiques publiques se réfèrent à des normes internationales où sont clairement compartimentées les périodes de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte. Pour chaque tranche d’âge, des programmes spécifiques standardisés sont élaborés, mais ils sont mis en œuvre dans des contextes locaux où les normes de référence des communautés sont très différentes. Auparavant, les rites de passage et les classes d’âge permettaient, en Afrique, de préparer les individus à un nouveau statut social d’adulte.

Les enfants apprenaient ainsi un savoir-faire et les normes de conduite qui lui sont liées. Ces rituels sociaux ont presque totalement disparu. Aujourd’hui des filles se retrouvent brusquement plongées dans le monde des adultes sans préparation, sans transition munis de leur seul savoir-faire d’enfant qui s’avère inopérant pour leur nouvelle vie. La catégorie « adolescente » n’existe presque pas dans la réalité sociale, alors qu’elle est une cible favorite dans les programmes des institutions de développement.

La réalité des mariages précoces est donc plus complexe qu’il n’y paraît. Les nombreuses interventions jusque-là réalisées, pilotées de l’extérieur, ont certes contribué à maintenir le problème sur l’agenda des politiques internationales et nationales, mais sans modifier les comportements des populations de façon significative.

Il reste à saisir cette opportunité pour approfondir les connaissances sur les logiques sociales (pas forcément en lien avec la tradition) qui sous-tendent le mariage précoce et élaborer avec les populations des réponses adaptées à leurs contextes locaux et qui n’apparaissent pas comme des injonctions occidentales.

Aïssa Diarra, Médecin, anthropologue, chercheure au LASDEL-Niger (Laobratoire d’études et recherches sur les dynamiques sociales et le développement local), chercheure associée à l’IRD, UMI TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement (IRD)

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

Des églises désaffectées au service des pauvres
(La Croix Africa)

« En cas de nécessité », les églises « doivent servir au plus grand bien de l’être humain, et spécialement au service des pauvres », a rappelé le pape lors d’ un colloque sur le devenir des lieux de cultes désaffectés.

Une église de Milan transformée en pizzeria, une autre, aux Pays-Bas, en « skate hall », d’autres, à Prague ou Édimbourg, en discothèques… Pour les Églises d’Occident, l’avenir des lieux de culte désaffecté devient une question cruciale.

Au point que le Conseil pontifical de la culture et la Conférence épiscopale italienne ont réuni, jeudi 29 et vendredi 30 novembre à l’Université grégorienne de Rome, un important colloque pour réfléchir à une réponse concertée de l’Église en la matière.

« Les biens culturels sont aussi finalisés aux activités caritatives menées par la communauté ecclésiale », a déclaré le pape François dans un message envoyé jeudi aux participants, qui, tout en soulignant « le devoir de protection et de conservation des biens de l’Église », rappelait « qu’ils n’ont pas de valeur absolue mais qu’en cas de nécessité ils doivent servir au plus grand bien de l’être humain, et spécialement au service des pauvres », autant qu’à la liturgie ou qu’à l’évangélisation. […]

« Aborder la question de manière sereine et positive »

Certes, grâce à une législation très protectrice, la question de la désaffectation des lieux de culte ne touche pas encore la France de la même façon que d’autres pays occidentaux où paroisses et diocèses sont obligés de vendre leurs églises. Mais la Conférence des évêques de France mène depuis plusieurs années une réflexion de fond sur le devenir de ses églises, le sujet restant toujours extrêmement sensible dans une partie de l’opinion.

« Vouloir maintenir sans discernement les très nombreuses églises communales sous le régime de la stricte affectation alors que nous ne pourrons pas en avoir un usage convenable, c’est condamner à la ruine une grande partie du patrimoine religieux car nombre de petites communes ne pourront pas ou ne voudront pas s’engager dans l’entretien d’un édifice aussi peu utilisé par les fidèles », soulignait ainsi Mgr Jean-Louis Papin, évêque de Nancy […]

Une des possibilités est de valoriser la dimension culturelle et artistique des églises, renforçant ainsi leur dimension d’évangélisation. À ce titre, la Nuit des églises, organisée début juillet en France, fait figure de laboratoire de la manière dont les gens, sur le terrain, peuvent faire vivre leurs églises.

« Mais toutes les églises ne peuvent devenir des musées », reconnaît Maud de Beauchesne. D’autant que, dans les zones rurales, les fusions de commune à venir vont créer des situations intenables avec des communes responsables de dizaines d’églises…

« Mais nous devons toujours nous placer dans une dynamique de création plutôt que dans une logique de repli, insiste-t-elle. On ne peut pas envisager une désaffectation, une exécration ou un transfert en renonçant à faire vivre le patrimoine. » Y compris, par exemple, le mobilier, qui peut-être valorisé dans une autre église du diocèse, voire ailleurs. Le diocèse de Rodez a ainsi pris l’habitude d’envoyer statues et vases sacrés qu’il n’utilise plus à des communautés africaines qui en manquent.

Des lignes directrices du Conseil pontifical de la culture

Durant le colloque, 35 délégués de 23 conférences épiscopales ont aussi été amenés à réfléchir sur des lignes directrices élaborées par le Conseil pontifical de la culture pour réguler l’usage des églises désaffectées. « Elles évoquent beaucoup de questions communes avec la France, tout en étant suffisamment larges pour être adaptées par chaque pays », explique Maud de Beauchesne.

Si on ne sait pas encore quand ce document sera publié par le Vatican, le message du pape est cependant « déjà une feuille de route fondamentale », pour Maud de Beauchesne. La question sera d’ailleurs au centre de la rencontre des commissions diocésaines d’art sacré, début avril.

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Les églises en France […]

Nicolas Senèze, à Rome

Lire l’article complet : Des églises désaffectées au service des pauvres – La Croix Africa, 04/12/18.