Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Bouamatou et El Hassen, quand deux puissants hommes d’affaires mauritaniens se déchirent

Ces deux figures du monde mauritanien des affaires, actionnaires de l’opérateur Mattel, se livrent un combat acharné. Ce qui inquiète leur partenaire Tunisie Telecom, et même le Palais. 

Mis à jour le 4 avril 2023 à 09:39
 
 couple

 

 

Les hommes d’affaires mauritaniens Béchir El Hassen (à g.) et Mohamed Ould Bouamatou.

 

LE MATCH – Il y a quelques mois encore, la scène aurait parue surréaliste à Nouakchott. D’abord, parce que les puissants préfèrent la plupart du temps régler discrètement leurs comptes, mais aussi parce que Mohamed Ould Bouamatou (MOB) et Béchir El Hassen sont intimement liés. Et ce, de longue date. Le 1er mars, c’est pourtant devant les journalistes que le premier a demandé à ses avocats d’exposer publiquement les griefs qu’il nourrit à l’égard du second.

D’après ses conseils (qui sont aussi ceux de l’État mauritanien dans le procès qui s’est ouvert contre l’ex-président Mohamed Ould Abdelaziz), trois sociétés contrôlées par Béchir El Hassen et sa famille auraient fait défaut sur des remboursements dus à la Générale de banque de Mauritanie (GBM, propriété de Bouamatou), pour un montant total de 200 millions d’ouguiyas (5,5 millions de dollars). Une dette que les mis en cause contestent.

À LIREMauritanie – Mattel : la guerre est déclarée entre Mohamed Ould Bouamatou et Béchir El Hassen 

En octobre 2022, le patron de Bouamatou SA (BSA) avait déjà déposé plainte contre Béchir El Hassen pour des opérations financières liées à Mattel, dont ils sont tous deux actionnaires à hauteur de 24,5% chacun. Surtout, il avait obtenu que son partenaire soit arrêté, le 13 octobre, alors qu’aucune enquête n’avait été encore menée. Après avoir passé près de 24 heures dans les locaux de la Sûreté nationale, Béchir El Hassen avait recouvré la liberté, lui aussi grâce à ses relations.

Issu d’une grande famille impliquée en politique de longue date, Béchir El Hassen est une figure du monde des affaires. Actif dans les secteurs de l’assurance, de la pêche, des télécoms, du BTP, il représente aussi des marques internationales.

Cent millions de dollars

Derrière ce conflit certains devinent les ambitions du patron de BSA qui, après avoir souhaité sortir du capital de l’opérateur Mattel, veut maintenant en racheter la majorité des parts. Mise en vente depuis plus de dix-huit mois, la société, dont Tunisie Telecom détient 51% du capital, est également convoitée par Sonatel, la filiale sénégalaise d’Orange.

En difficulté pendant plusieurs années, Mattel a retrouvé une bonne santé financière. En 2021, sa valeur a été estimée à 100 millions de dollars. Mohamed Ould Bouamatou y voit l’occasion de regagner une partie du pouvoir économique et de l’influence qu’il avait perdus au cours de ses dix années d’exil, lorsque ses relations avec Mohamed Ould Abdelaziz, alors chef de l’État, s’étaient fortement dégradées.

À LIREMauritanie : la garde rapprochée de Mohamed Ould Bouamatou

Réfugié en 2010 à Marrakech, où sa villa jouxte celle de son ami et ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, celui que l’on présente alors comme l’homme le plus riche de Mauritanie part finalement pour Bruxelles à la demande du Maroc. Durant cette période, il vend certains de ses intérêts en Mauritanie, notamment dans les secteurs du ciment ou de la distribution de gaz butane, tout en dénonçant l’acharnement du pouvoir contre lui. En représailles, il consacre une partie de sa fortune à alimenter une guérilla médiatique contre Mohamed Ould Abdelaziz.

À cette époque, ses liens avec Béchir El Hassen (dont le frère était marié à sa fille aînée) sont déjà distendus. Véritable chef de clan, Mohamed Ould Bouamatou n’aurait pas digéré que son partenaire chez Mattel soit parvenu à rester à Nouakchott et à échapper à la colère du président. Ses frères, Moulaye (PDG de la société d’assurance AGM) et Didi (directeur général de la société de distribution de cigarettes Copral) n’ont pas eu d’autre choix que de le suivre.

Lobbying de Macky Sall

Tunisie Telecom, l’actionnaire majoritaire de l’opérateur, se félicite, lui, d’avoir conservé un canal de discussion avec le pouvoir. Quand, en 2015, l’État mauritanien réclame 60 millions de dollars pour renouveler la licence 2G, Béchir El Hassen intervient et obtient que la facture soit divisée par quatre, ce qui permet d’éviter une cessation d’activité.

Si lui et Bouamatou sont aujourd’hui co-actionnaires de cet opérateur, ils le doivent au père de Béchir El Hassen, Moulaye, qui a été l’un des principaux mentors de MOB dans le monde des affaires. Dans les années 1990, il l’a fait entrer au conseil d’administration de la Banque mauritanienne pour le commerce international (BMCI) puis l’a maintenu à son poste quand il a eu maille à partir avec Sidi Abass, le père de l’actuel directeur général de la BMCI.

À LIREMauritanie : Tunisie Télécom va-t-il vendre Mattel au profit d’Axian ? 

Profitant du lobbying actif du chef de l’État sénégalais Macky Sall en faveur de Moustapha Ould Limam Chafi, opposant mauritanien, ancienne éminence grise du Burkinabè Blaise Compaoré et actuel conseiller du Nigérien Mohamed Bazoum, Bouamatou finit par rentrer à Nouakchott en 2020 avec l’accord du président Ghazouani. En contrepartie, le Palais attend de lui un minimum de discrétion. Mais MOB n’entend pas jouer les seconds rôles. Il réclame que les comptes des entreprises publiques soient de nouveau domiciliés au sein de sa banque, et demande une compensation financière pour son exil forcé. En 2021, il tente aussi, en vain, de faire élire sa fille à la tête de la Fédération des institutions financières.

Sous le regard du Palais

Le Palais s’est gardé jusque-là de toute intervention, mais l’affrontement des actionnaires de Mattel ne le laisse pas indifférent au moment où le pays veut s’ouvrir à de nouveaux investisseurs. À l’état-major de Tunisie Telecom aussi, la situation provoque un certain embarras, les deux parties n’hésitant pas à faire pression pour imposer chacune leur solution. Bouamatou milite pour racheter les parts de Tunisie Telecom ; Béchir El Hassen, lui, exige de pouvoir sortir du capital et promet qu’il sollicitera un arbitrage s’il n’est pas entendu.

L’hypothèse d’une issue négociée reste incertaine. Au-delà de la plainte qu’il a déposée contre Béchir El Hassen, Mohamed Ould Bouamatou a remis en cause la répartition de leurs avantages respectifs. Ainsi, la GBM accueillait les comptes de l’opérateur et une autre entreprise de MOB assurait ses personnels, pendant que Béchir El Hassen couvrait les risques liés aux équipements. Ce n’est plus le cas depuis la fin de 2022. Avec l’accord de Tunisie Telecom, les sociétés de Bouamatou ont en effet récupéré l’ensemble des contrats d’assurance, mettant un peu plus Béchir El Hassen sur la touche.

Au Tchad, Delphine Djiraïbé, infatigable combattante

Engagée dans la défense des droits de l’homme sous la présidence d’Idriss Déby Itno puis sous celle de son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, l’avocate réclame l’ouverture d’une enquête internationale sur les événements du 20 octobre 2022.

Mis à jour le 1 avril 2023 à 10:55
 
 
delphine
 

 

Delphine Djiraïbé, à Paris, le 16 mars 2023. © Damien Grenon pour JA

 

Plus de trente années se sont écoulées, mais l’émotion est toujours aussi forte. Delphine Kemneloum Djiraïbé se souvient comme si c’était hier du 1er décembre 1990, du coup d’État du général Idriss Déby Itno, de la fuite de Hissène Habré et de ce moment où l’on a découvert l’ampleur des exactions commises sous son règne. « Les prisons de la Direction de la documentation et de la sûreté [DDS] se sont ouvertes, et j’ai assisté à des scènes horribles », se souvient l’avocate, qui, le 16 février 2023, a reçu le Prix Martin-Ennals, destiné à récompenser les défenseurs des droits humains.

La peau et les os

En cette fin d’année 1990, le monde découvre avec effarement la « piscine », cet ancien bassin dans lequel des cellules ont été aménagées. Elle jouxte la villa coloniale qui sert de siège à la DDS. Les proches des prisonniers politiques accourent pour tenter de les sauver. « Certains étaient morts, il y avait des cadavres en état de décomposition avancée, raconte Delphine Djiraïbé. On a fini par retrouver un de mes amis, et on a dû le porter comme un bébé jusqu’à chez lui. Il avait la peau collée sur les os. »

Cet événement forgera la détermination à toute épreuve de l’avocate. Trente ans plus tard, Delphine Djiraïbé nous reçoit dans les locaux de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), à Paris. Inquiétée à plusieurs reprises au cours de sa carrière par les régimes tchadiens successifs, elle réside toujours à N’Djamena et s’est engagée dans un nouveau combat : elle réclame l’ouverture d’une enquête internationale sur les manifestations du 20 octobre 2022, qui ont fait plus de cinquante morts.

Originaire du sud du Tchad, Delphine Djiraïbé grandit et obtient son baccalauréat à Moundou, à quelques dizaines de km des frontières camerounaise et centrafricaine. Au milieu des années 1980, elle décide de suivre sa sœur et son beau-frère, diplomate, à Brazzaville. Elle y étudie le droit, et y vit pendant cinq ans.

Habré et sa main de fer

Projet pétrolier de Doba

La militante n’est elle-même réellement inquiétée qu’un an plus tard, lors de la Conférence nationale souveraine, réunie en janvier 1993. Des hommes armés frappent à la porte d’une femme qui habite le même quartier qu’elle et porte le même prénom. « Quand ils sont partis, une connaissance est venue me dire de me mettre à l’abri. » Se sentant menacée, Delphine Djiraïbé se fait systématiquement accompagner par deux évêques lors de ses allers-retours au Palais du 15-janvier, où se déroule la Conférence.

À LIREMahamat Idriss Déby Itno : « Nous avons sauvé le Tchad du chaos »

L’avocate poursuit son combat. En 2000, le président Idriss Déby Itno met sur pied le projet pétrolier de Doba, en partie financé par un prêt de la Banque mondiale. Le chef de l’État veut faire construire un oléoduc entre le Cameroun et le Tchad, et mettre en valeur un gisement pétrolier exploité par Shell, Total, Petronas et Chevron. Coût estimé : 3,7 milliards de dollars. Opposée aux modalités de ce projet, Delphine Djiraïbé dénonce l’insécurité ambiante, la présence de groupes rebelles armés dans le Nord et la « faiblesse de l’État face à la corruption ».

« Le président a jugé cela inadmissible et a mené une campagne contre moi. Il a invité publiquement les pauvres à venir habiter chez moi, puisque je faisais obstacle à un projet censé aider à réduire la pauvreté. » Sur les conseils de son entourage, Djiraïbé quitte N’Djamena pour Washington, où elle travaillera pendant deux ans en tant que juriste associée. Le projet, lui, est adopté avec le soutien de la Banque mondiale, mais Shell et Total s’en sont retirés. « Idriss Déby Itno a eu son argent, qui a servi à acheter des armes pour faire la guerre », affirme l’avocate.

Depuis la mort d’IDI, « la situation a empiré »

Le 20 octobre 2022, dix-huit mois après l’arrivée de Mahamat Idriss Déby Itno au pouvoir, plusieurs manifestations sont organisées pour protester contre la prolongation de la transition. Les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre font au moins cinquante morts, selon les autorités. Delphine Djiraïbé y assiste depuis son domicile, au cœur de N’Djamena. « Certains manifestants ont trouvé refuge chez moi, et j’ai ramassé cinq étuis de bombes lacrymogènes jetées directement sur ma maison. »

Depuis, elle ne cesse de dénoncer les exactions commises ce jour-là. « Le fils de mes voisins, âgé de 24 ans, a été abattu. Il venait de rentrer au Tchad après avoir fini ses études. On lui a déconseillé d’aller manifester, mais il croyait en des marches pacifiques. On l’a poursuivi jusque dans une concession. Là, il s’est caché sous un lit. Il a reçu quatre balles », raconte l’avocate, qui met en cause les forces de l’ordre.

À LIREAlbert Pahimi Padacké : « France ou Russie, pourquoi sortir d’une dépendance pour entrer dans une autre ? »

Dans son rapport, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) fait état de 128 décès, de 12 disparitions et de 518 blessés. Des chiffres encore en-deçà de la réalité, selon Delphine Djiraïbé, pour qui ce rapport a tout de même le mérite de réclamer l’ouverture d’une enquête internationale – dont la Tchadienne dit souhaiter qu’elle soit placée sous l’égide de l’ONU.

Depuis la mort d’Idriss Déby Itno, en avril 2021, et l’accession de son fils à la présidence, « la situation a empiré pour les défenseurs des droits humains, soutient Djiraïbé. Beaucoup ont quitté le pays, mais ceux qui, comme moi, sont restés l’ont fait parce qu’ils n’avaient pas le choix. Il faut s’engager, toujours ».

Son credo : des élections libres et l’établissement d’un État fédéral. « La volonté d’organiser des scrutins crédibles n’existe pas, sinon on n’aurait pas torpillé le dialogue pour rendre Mahamat Idriss Déby Itno éligible », poursuit-elle, critiquant les concertations qui se sont achevées en octobre 2022 et y voyant la preuve que le pouvoir est « cloisonné de l’intérieur ».

« Au Tchad, quand vous ne faites pas allégeance, vous ne pouvez garder la tête hors de l’eau », résume-t-elle, en soulignant le rôle de la France, « soutien indéfectible du système au pouvoir ». Seul chef d’État occidental à avoir assisté aux obsèques d’Idriss Déby Itno, Emmanuel Macron a reçu son successeur à l’Élysée au début de février 2023. Pour Delphine Djiraïbé, c’est avec la population tchadienne, et non avec le président de la transition, que Paris doit dialoguer directement. « Faute de quoi et à ce jeu-là, la France risque gros, et ce qu’elle veut éviter risque d’arriver : la Russie prendra sa place. »

« Les groupes armés sont nos ennemis à tous », rappelle Yves Boukari Traoré d’Amnesty international Burkina Faso

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Attaques terroristes • LEFASO.NET • mercredi 29 mars 2023 à 23h00min 
 
« Les groupes armés sont nos ennemis à tous », rappelle Yves Boukari Traoré d’Amnesty international Burkina Faso

 

« Les groupes armés sont nos ennemis à nous tous. La preuve est que nous ne pouvons pas aller à Dori, Djibo… ce n’est pas très juste de penser qu’un activiste, que ce soit au nom d’une organisation internationale ou d’une association locale, peut ne pas choisir de condamner les actions de ces groupes terroristes ». Ce sont là, les mots du directeur exécutif d’Amnesty international au Burkina, Yves Boukari Traoré. Il répondait aux questions des journalistes, à l’issue de la conférence de presse sur la présentation du rapport 2022-2023 de son organisation sur les droits de l’homme.

Yves Boukari Traoré a tenu à clarifier les choses. Pour lui, il est inadmissible de demander à des terroristes de respecter les droits humains. « Qui peut parler à ces groupes terroristes ? Ce sont des terroristes et on ne peut que supporter l’action des FDS et du gouvernement pour éradiquer la menace. Il faut que les choses soient claires. Seulement, nous demandons à ce que les FDS et le gouvernement ne fassent pas comme ces terroristes. Ce sont des professionnels, des braves qui ne doivent pas faire comme ces monstres qui détruisent tout et s’en vantent », a plaidé le directeur exécutif d’Amnesty international.

A l’en croire, ce n’est pas du ressort d’Amnesty international de traduire qui que ce soit en justice. « Nous faisons des recommandations sur la base d’observation, de rapports que nous faisons. Ces rapports sont l’objet d’enquêtes sur le terrain, autant que faire se peut. Quand on parle de recherche à Amnesty, on touche tout le monde à commencer par les autorités. Ce ne sont pas des rapports faits sous le manteau. On prévient les autorités qu’on doit faire des enquêtes par rapport à un point précis. C’est important. Nous avons des méthodes que nous croyons assez objectives », pense Yves Boukari Traoré.

 

Pour Amnesty international, il faut faire la différence entre un rapport et un communiqué de presse. « Les communiqués de presse, on en fait constamment. Tant qu’il y a des violations massives, en temps X, on a un communiqué de presse. Ce communiqué s’appuie sur des faits reconnus par le procureur, pour revenir sur ce qui s’est passé à Nouna . Donc, nous n’inventons pas », rappelle Yves Boukari Traoré.

Il poursuit en précisant qu’avant de lancer un rapport définitif sur le Burkina Faso, une copie est soumise aux autorités. « Celles-ci peuvent dire qu’elles ne sont pas d’accord avec telle page. On fait un erratum. On met une page dans le rapport pour dire que les autorités burkinabè sont foncièrement opposées à tel point […] Nous sommes clairs et ouverts. Nous contribuons à notre manière au respect des droits humains, donc au développement du Burkina Faso. Tant qu’on ne respecte pas les droits humains, quelque part, les autres droits sont affaissés », conclut le directeur exécutif d’Amnesty international Burkina Faso.

LeFaso.net

Maroc, Algérie, Tunisie… vers l’émergence d’un courant raciste et populiste ?

Comment les crises multidimensionnelles que traverse le Maghreb favorisent la montée des discours populistes et alimentent la xénophobie.

Mis à jour le 26 mars 2023 à 10:31
 

 

noire

 

 

Manifestation contre le racisme devant le théâtre municipal de Tunis, le 6 juin 2020, suite au meurtre de George Floyd, aux États-Unis, commis par un policier blanc. © Montage JA; Nacer Talel/ANADOLU AGENCY via AFP

 

MAGHREB : AUX ORIGINES DU RACISME ANTI-NOIRS (3/3) – « La Tunisie aux Tunisiens », voilà le crédo du Parti nationaliste tunisien, qui n’a rien à envier à celui d’un Éric Zemmour en France. Reconnu par l’État tunisien en 2018, ce parti diffusait principalement ses idées sur Facebook jusqu’à ce que, à la fin de janvier 2023, son président Sofien Ben Sghaïer accède aux médias traditionnels les plus connus du pays : l’émission de Borhen Bsaies sur IFM Radio, puis la chaîne Wataniya 1, considérée comme la porte-parole du président Kaïs Saïed.

À LIRE[Série] Maroc, Algérie, Tunisie… aux origines du racisme anti-Noirs

Longuement interviewé, Ben Sghaïer évoque un rapport « confidentiel » révélant l’existence d’un complot selon lequel les populations noires ambitionneraient de coloniser la Tunisie. Contre toute attente, le 21 février, le Palais présidentiel de Carthage publie un communiqué reprenant à son compte cette rhétorique complotiste et xénophobe. Kaïs Saïed appelle notamment les forces de sécurité à prendre des mesures urgentes contre les « hordes » de migrants subsahariens, qui créent une situation « contre nature » dans le cadre d’un « plan criminel » visant à changer la composition démographique de la Tunisie, et à faire d’elle « un pays africain parmi d’autres qui n’appartiendra plus aux nations arabe et islamiques ».

Deux jours après, le président Saïed assumait encore ses propos, faisant toutefois la distinction entre les « sans papiers » et les « légaux” ». Puis, il a rétropédalé le 8 mars, en affirmant qu’il était « africain et fier de l’être » et que les Africains présents en Tunisie étaient des « frères ». Pour autant, ses propos ont ouvert la voie à une vague de violences racistes en Tunisie, et poussé des centaines de Subsahariens à quitter le pays, ou à être rapatriés par leurs pays d’origine (dont le Mali et la Côte d’Ivoire).

La stratégie de l’enfumage

Si le racisme anti-Noir n’est pas nouveau au Maghreb, les propos de Kaïs Saïed sont frappants pour deux raisons. D’abord, c’est la première fois qu’un chef d’État du continent africain tient des propos ouvertement xénophobes. Mais c’est aussi la première fois qu’un responsable politique, maghrébin, africain et musulman, reprend à son compte une théorie née et florissante en Europe et aux États-Unis : celle du grand remplacement.

« Le président Saïed fait de la petite population migrante noire de son pays un bouc émissaire pour détourner l’attention des échecs politiques. Cela vous semble-t-il familier ? », ironise Nesrine Malik, journaliste d’origine soudanaise, dans les colonnes du Guardian.

À LIRERacisme en France : « grand remplacement » et autres clichés sur l’immigration à l’épreuve des faits

Alors que le Parti nationaliste tunisien scande un peu partout qu’il y aurait environ un million de migrants subsahariens non réguliers en Tunisie, ils sont en réalité moins de 50 000, sur une population globale estimée à 12 millions. En revanche, le taux de chômage est à 40 %, l’inflation galope (10 %), la dette explose et la croissance est anémique (2,4 % en 2022). Alors que la Tunisie incarnait les espérances démocratiques d’une partie du Maghreb et du monde arabe depuis 2011, celle-ci a pris un virage autoritaire sous la présidence de Kaïs Saïed. Quant aux Tunisiens, lassés, ils ont été 89 % à s’abstenir aux dernières élections législatives fin 2022-début 2023.

Dès lors, « confectionner une crise de l’immigration est utile, pour détourner l’attention des échecs de Saïed », souligne Nesrine Malik. L’attention de l’opinion publique, mais aussi celle des médias, qui ne seront pas tentés de dresser un bilan ni de donner la parole à l’opposition.

Racisme latent et calculs politiques

Pour autant, en coulisses, Kaïs Saïed et un certain nombre de ses conseillers, même à gauche, croient vraiment à la théorie du grand remplacement. « Pour eux, la Tunisie est blanche et la présence des migrants subsahariens leur pose un problème », souligne Salah Trabelsi, maître de conférences en histoire et civilisation du monde arabe à l’Université Lumière-Lyon 2. En Tunisie et plus globalement au Maghreb, « tous les étrangers ne sont pas violemment rejetés, précise Maha Abdelhamid, géographe et militante anti-raciste tunisienne. Les Européens qui vivent au Maroc, ou même les nombreux réfugiés syriens à Gabès, par exemple, ne sont pas victimes de racisme. Mais le migrant noir, lui, est bien devenu cet étranger qui ne peut pas se défendre, dont l’Europe ne veut pas, une figure de l’indésirable, au Maghreb comme ailleurs. »

À LIREAlgérie, Maroc, Tunisie… l’esclavage, socle du racisme anti-Noirs

Au-delà de l’opinion publique tunisienne, les mots de Kaïs Saïed étaient aussi adressés à l’Europe, où les discours identitaires et anti-migrants ont le vent en poupe. « Le président a voulu montrer qu’il jouait bien son rôle de garde-frontière de l’Europe. Alors qu’il attend un prêt de 1,9 milliard de dollars du Fonds monétaire international (FMI), Saïed a essayé d’amadouer la France, ou encore l’Italie, sensibles à ce discours populiste, afin que ces deux pays lui servent d’intermédiaires auprès du FMI », ajoute Salah Trabelsi. Un calcul qui s’est avéré contre-productif : le prêt n’a pas été octroyé. Dans un communiqué inédit début février, la Banque mondiale a condamné la Tunisie et annoncé suspendre ses travaux à Tunis. L’Union européenne en revanche n’a pas pipé mot, sans doute parce qu’elle compte sur le Maghreb pour empêcher les migrants de traverser la Méditerranée.

Pour autant, Salah Trabelsi, à l’origine d’une pétition contre la haine raciale en Tunisie, estime que ce racisme anti-noir, qui infuse toutes les franges de la société tunisienne, n’épargne pas non plus les Subsahariens « réguliers », issus des classes supérieures : « La Banque africaine de développement s’est installée en Tunisie de 2003 à 2009. Elle était essentiellement dirigée par des cadres et des banquiers subsahariens, qui ont subi le racisme. Les Tunisiens ont eu un mal fou à accepter que des Noirs puissent rivaliser avec eux, intellectuellement, socialement et financièrement. »

À LIREMaghreb et Afrique, une appartenance contrariée

En Tunisie, nombreux sont ceux qui croient en la percée de partis populistes et xénophobes d’ici à quelques années, d’autant plus que leurs discours rencontrent un certain écho dans la population, y compris chez certains citoyens à la peau noire. Peut-il en être de même en Algérie et au Maroc ? Deux pays, confrontés à des crises internes, à la fois terres de transit et terres d’accueil des migrants subsahariens, qui jouent eux aussi le rôle de gendarmes de l’Europe.

À LIRELoi contre le racisme : « tournant historique » en Tunisie, mais où en sont l’Algérie et le Maroc ?

Le cas du Maroc et de l’Algérie

À ce jour, il n’existe aucun parti politique ouvertement xénophobe au Maroc. Pour autant, seize ONG marocaines ont alerté l’opinion sur l’exacerbation d’une « haine anti-Subsahariens » dans l’espace public et sur Internet, après les propos de Kaïs Saïed. Propos aux antipodes du discours officiel du royaume, qui assume sa part d’africanité et prône une fraternité Sud-Sud depuis des années.

En 2013, le roi Mohammed VI a inauguré une politique migratoire « plus globale et humaine », qui a permis depuis la régularisation de 50 000 migrants subsahariens. Le pays accueille également 92 000 étudiants subsahariens, contre 8 500 en Algérie (2021) et 7 000 en Tunisie (2020). Plusieurs médias et associations ont sensibilisé l’opinion publique au racisme et à ce que pouvaient subir les populations subsahariennes. En 2014, par exemple, le collectif « Papiers pour tous » avait lancé la campagne « Je ne m’appelle pas Azzi » (« Je ne m’appelle pas Noir »).

En public, aucun responsable politique ne s’est laissé aller à une parole raciste, sans doute parce que cela reviendrait presque à dédire le souverain qui parie sur un partenariat avec les autres pays africains pour ériger le Maroc au rang de puissance continentale. Pour autant, au quotidien, les migrants subsahariens sont toujours susceptibles d’être victimes de mépris, d’insultes, de discriminations, voire parfois d’agressions.

À LIRE« Le Maghreb n’est pas une terre de racisme »

En 2018, Amnesty International dénonçait les multiples raids des autorités marocaines contre les migrants subsahariens dans le nord du royaume, entassés dans des bus puis abandonnés dans des zones isolées proches de la frontière algérienne. « Un recul inquiétant pour un gouvernement qui avait pris de nouveaux engagements », selon l’ONG. Depuis 2020, la mouvance Moorish, antichambre 2.0 d’une tendance identitaire et raciste, fait la promotion d’un Maroc « blanc », où certains héros historiques et les populations berbères n’auraient jamais été noirs.

À LIREÊtre noir en Algérie, par Kamel Daoud

Du côté de l’Algérie, pays qui jouit d’une forte popularité auprès de beaucoup de capitales du continent, la parole raciste est largement plus banalisée. Ainsi, en 2016, Farouk Ksentini, pourtant président d’une commission nationale pour les droits de l’Homme, appelait à expulser les migrants « propagateurs de sida ». Deux ans plus tard, à la télévision et à heure de grande écoute, Naïma Salhi, responsable politique islamiste, affirmait que les Subsahariens ramenaient « des maladies et la sorcellerie ». En 2017, alors qu’une campagne intitulée « Non aux Africains » fleurissait un peu partout sur les réseaux sociaux algériens, Amnesty International dénonçait des arrestations arbitraires et des expulsions massives (dans le désert) réalisées par les autorités algériennes, sur la base du seul faciès. Et ce, même si les Subsahariens visés possédaient des titres de séjour. À l’époque, plusieurs intellectuels algériens pointaient du doigt une « xénophobie d’État ». Plus récemment, après la défaite du Cameroun lors de la Coupe du Monde au Qatar, le journal Echourouk a titré : « Les Camerounais retournent dans la jungle ».

Vide juridique et climats socio-économique explosifs

Alors que le flux migratoire est appelé à s’intensifier, ni la Tunisie, ni l’Algérie, ni le Maroc n’ont mis en place des lois et des mécanismes relatifs au droit d’asile et au traitement des réfugiés. Au Maroc, le texte est prêt depuis 2017, mais il n’a jamais été présenté en conseil des ministres ou au Parlement.

Résultat ? Les autorités oscillent entre laisser-faire anarchique et répression. Les migrants subsahariens illégaux s’installent dans des camps de fortune, errent dans les rues, avant d’être expulsés manu militari. Depuis le 23 février, l’Algérie a refoulé dans le désert, vers le Niger, 2 852 personnes, et 14 000 personnes au total durant l’année 2022, selon Médecins sans frontières. Au cours des huit premiers mois de l’année 2022, le royaume a quant à lui expulsé 56 000 migrants. En juin 2022, 2 000 migrants soudanais avaient tenté de passer la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Melilla, ce qui a généré une bousculade meurtrière. Le bilan ? 23 morts côté migrants (enterrés sans même avoir été identifiés) et deux du côté des gendarmes marocains, plus de 200 blessés et 13 Soudanais condamnés par la justice marocaine pour « participation à une bande criminelle d’immigration clandestine », « entrée illégale » au Maroc ou encore « violence envers des agents de la force publique ».

À LIRE« Ni esclave, ni nègre » : coup d’envoi de la première campagne transmaghrébine contre le racisme

Les images de cette bousculade, qui ont fait le tour du monde et où l’on voit de jeunes hommes noirs, parfois torses-nus et armés de bâtons, ont contribué à nourrir les stéréotypes racistes vis-à-vis des Subsahariens.

En réalité, la question migratoire peut devenir un dossier explosif dans un contexte régional morose : impasses politiques, crises socio-économiques. Face à ces difficultés, une partie des élites politiques pourraient être tentées de manipuler une rhétorique populiste afin de resserrer les rangs. Quant aux populations, la peur du déclassement, le sentiment d’être dominé et précarisé alimentent toujours les sentiments xénophobes contre les minorités déjà opprimées. Plus prosaïquement, l’être humain a toujours besoin d’écraser plus faible que lui. D’autant plus « qu’on est bel et bien face à la montée d’un racisme identitaire et négrophobe », souligne le sociologue marocain Mehdi Alioua.

Crise de l’eau : les pays africains doivent coopérer ou périr…

Alors que se déroule à New York, du 22 au 24 mars, la deuxième Conférence des Nations unies sur l’eau, il faut rappeler l’urgence d’une coopération transfrontalière pour pallier les difficultés d’accès à cette ressource.

Mis à jour le 24 mars 2023 à 12:17
 
thiam
 

Par Serigne Mbaye Thiam

Ministre de l'Eau et de l'Assainissement au Sénégal

 

 

puits

 

 

Des villageois collectent de l’eau dans le village toucouleur de Tenefoul, à Diourbel, Sénégal, le 20 mars 2023. © (230323) — DAKAR, March 23, 2023 (Xinhua) — Mamadou Dieng (3rd R) helps villagers collect water in Tenefoul Toucouleur Village, Diourbel, Senegal, March 20, 2023. Mamadou Dieng, 40, an employee of the Chinese construction company CGCOC Group Senegal Branch, has been responsible for maintaining a Chinese-aided well in Tenefoul Toucouleur Village. Checking the machine’s functions and filling the engine with diesel, Dieng’s work may seem simple and tedious, but means a lot to the locals. Tenefoul Toucouleur Village was once a place afflicted with a severe lack of water. According to Dieng, residents there used to walk 1.5 kilometers every day and wait in long queues to fetch water from a 25-meter-deep well in a neighboring village. The well, part of the Chinese-funded rural well-drilling project in Senegal, has brought significant changes to local people’s lives. In Senegal, the rural well-drilling project officially began on March 5, 2017. The project covers 12 of the 14 regions of Senegal. (Xinhua/Han Xu) (Photo by Han Xu / XINHUA / Xinhua via AFP)

 

« L’humanité a un choix : coopérer ou périr. » Cet appel du Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, en marge de la COP 27, reste d’actualité alors que se tient à New York la deuxième Conférence des Nations unies sur l’eau. À sept ans de l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD), nous sommes encore loin du compte en ce qui concerne l’accès universel aux services d’eau et d’assainissement. Au niveau mondial,  trois personnes sur dix n’ont toujours pas accès à l’eau potable, une ressource ô combien vitale !

À LIRESommet de l’eau : 850 organisations de la société civile plaident pour un sursaut politique mondial

En Afrique subsaharienne, on estime que près d’un demi-milliard de personnes font face à une pénurie d’eau au quotidien et plus de 700 millions de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires décentes. Conséquences : des centaines de millions de vies menacées par des maladies imputables au manque de services d’eau, d’assainissement et d’hygiène, ainsi que des secteurs économiques clés gravement affectés. C’est le cas de  l’agriculture, de la pêche ou encore de l’exploitation minière. L’Afrique subsaharienne perd ainsi, chaque année, 5 % de son produit intérieur brut en raison du manque d’eau.

Bien commun

Et pourtant, la ressource existe.  Que ce soit en eaux souterraines ou de surface, notre continent dispose d’importantes ressources partagées qui peuvent contribuer à répondre aux besoins présents et futurs de nos populations. Comme l’avait si bien rappelé le président Macky Sall lors du lancement de l’initiative Eau-Paix-Sécurité en 2015, ici à New York, « l’eau est source de vie et de bien-être lorsque son usage fait appel à l’esprit de coopération et de partage ».

À LIREDu coût de l’eau et des priorités publiques

Et le fleuve Sénégal, une ressource que la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal ont en commun, en est la parfaite illustration. En créant l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) il y a plus de cinquante ans, nos pays avaient compris très tôt que la coopération est gage de paix, de cohésion sociale et de développement intégré pour nos peuples. La gestion concertée de ce patrimoine a joué un rôle considérable dans les progrès réalisés en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement ces dernières décennies dans nos pays.

À LIRELe fleuve Sénégal, un écosystème en transition

Au Sénégal par exemple, la vision pour un mieux-être et une prospérité partagée – impulsée par le Plan Sénégal Émergent – a permis d’avoir un taux d’accès à l’eau estimé à 95,1 % en milieu rural et 98,8 % en milieu urbain en 2022 ; et un taux d’accès à l’assainissement de 89,8 % en milieu urbain et 59,7 % en milieu rural. Aujourd’hui plus que jamais, la coopération doit être notre arme au niveau national, régional et mondial pour faire face aux nombreux défis auxquels nous sommes confrontés pour satisfaire l’accès universel à l’eau et à l’assainissement.

Défis

Le manque des services d’eau et d’assainissement sûrs dans plusieurs régions du monde constitue une menace pour tous. Nous savons désormais que les crises sanitaires, mais aussi sécuritaires, migratoires et humanitaires, sont intimement liées à la sécurité de l’eau et de l’assainissementLe stress hydrique, les inondations et les mouvements de populations induits par les changements climatiques accentuent les risques d’apparition des épidémies et menacent notre sécurité alimentaire. Plus grave, la rareté des financements durables des services d’eau et d’assainissement au niveau mondial et régional risque de compromettre les avancées réalisées jusqu’ici.

À LIREEn Algérie, « l’eau, c’est comme le pétrole, il faut l’utiliser à bon escient »

Dans un tel contexte, il est fondamental de rassembler nos efforts afin de combler le fossé entre les communautés, les États et les régions du monde en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement. Pour cela, nous devons mettre en place des politiques conçues et menées sous le prisme de la coopération. Cela est aussi valable pour les enjeux d’hygiène et d’assainissement qu’on ne peut pas dissocier des problématiques d’eau et d’assainissement.

Le « Blue Deal »

À cet égard, la Déclaration de Dakar adoptée lors du neuvième Forum mondial de l’eau en mars 2022 et intitulée Un Blue Deal pour la sécurité de l’eau et de l’assainissement pour la paix et le développement a déjà posé les jalons. En insistant sur l’urgence de renforcer la coopération bilatérale et multilatérale, la Déclaration de Dakar relève – entre autres – l’importance de garantir le droit à l’eau et à l’assainissement à travers des mécanismes de financements publics et privés innovants.

À LIREDavid Malpass et Macky Sall : « Repenser la gestion de l’eau pour en garantir l’accès à tous »

Cette déclaration a, ainsi, posé les bases du Dialogue interactif n°4 sur « l’eau pour la coopération », que le Sénégal a eu l’honneur de co-présider avec la Confédération suisse lors de la conférence qui vient de s’achever à New York. Le Sénégal y a apporté la contribution et la position commune de l’Afrique en mettant en perspective le « Blue Deal » endossé par le comité exécutif du Conseil des ministres africains de l’eau (AMCOW). À cette occasion, le Sénégal a également souligné l’importance de la coopération transfrontalière et internationale dans le domaine de l’eau, de la coopération intersectorielle ainsi que la place de l’eau dans la réalisation des objectifs de développement durable.

C’est forts de cette coopération entre les gouvernements, la société civile, le secteur privé et autres acteurs de l’eau et de l’assainissement que nous pourrons faire face, ensemble, aux enjeux climatiques, économiques et sanitaires qui dépassent le cadre nos frontières respectives.